Le mystère de la piété est grand

janvier 1925

Le mystère de la piété est grand

Cependant, c’est une sagesse que nous prêchons parmi les parfaits, sagesse qui n’est pas de ce siècle, ni des chefs de ce siècle, qui vont être anéantis. 1 Co. 2, 6.

C’est pourquoi nous devons en tout temps et partout prendre garde à ce qui est écrit :

Ainsi, qu’on nous regarde comme des serviteurs de Christ, et des dispensateurs des mystères de Dieu. Du reste, ce qu’on demande des dispensateurs, c’est que chacun soit trouvé fidèle. 1 Co. 4, 1 et 2.

Il n’est pas donné à tout prédicateur d’être dispensateur des mystères de Christ. La plupart du temps, les mystères ne vont pas plus loin que pécher et trouver grâce. Mais sans contredit, le mystère de la piété est grand : celui qui a été manifesté en chair, justifié par l’Esprit, etc. 1 Ti. 3, 16. Il faut une dispensation pour ces mystères.

Note bien qu’il s’agit des « mystères de la piété ». Cela veut dire qu’on s’approprie ces mystères par la piété personnelle. On ne les obtient pas en voyageant de-ci de-là pour prêcher, ni par une éducation et des études supérieures à la manière du monde, ni par un rang ou un titre religieux ou selon ce monde, ni par toutes sortes d’actes de mendicité pour « la cause de Dieu », comme on le dit si joliment. On ne le reçoit pas non plus dans les écoles de théologie ou dans des cours bibliques, même si ceux qui y enseignent portent les titres de professeurs, apôtres, pasteurs ou anciens.

Les mystères de Christ sont révélés aux Juifs comme aux Grecs, aux esclaves comme aux hommes libres, aux pauvres comme aux riches, aux hommes comme aux femmes, uniquement par le fait de leur piété personnelle.

On ne raconte pas ses secrets à tout un chacun ; Christ non plus ne le fait pas.

À toutes les époques, les personnes qui se sont offertes elles-mêmes pour faire la volonté de Dieu ont été considérées comme des hérétiques par les gens religieux de leur époque. Une fois quelques siècles passés et en regardant les choses à distance, on les a élevées au rang de saints. Les pères tuent et les enfants édifient des tombeaux. Mais Jésus lui-même a prédit que le temps viendrait où celui qui fera mourir croira rendre un culte à Dieu. Et ils agiront ainsi, parce qu’ils n’ont connu ni le Père ni le Fils. Jn. 16, 2 et 3.

Quand on voit maintenant comment les gens voyagent par la terre comme par la mer pour mettre en garde très sérieusement contre ceux qui sont les plus pieux, nous comprenons que ce temps est proche. Ils agissent ainsi parce qu’ils ne connaissent ni le Père ni le Fils. Au premier rang de ces médisants avec les meilleures intentions du monde, se trouvent des prédicateurs qui se servent plus eux-mêmes, comme des mendiants religieux, qu’ils ne servent l’Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ. Jésus n’avait pas de lieu où reposer sa tête, mais ceux-là ont besoin de toutes sortes de moyens terrestres – d’une épingle à des maisons et des automobiles. Tout cela pour la cause de Dieu. Rien de tout cela n’est leur propre cause. Ce serait présomptueux d’oser penser autrement. Certains d’entre eux ont un train de vie digne des plus hauts officiels du pays ; mais tout cela est bien sûr pour la cause de Dieu.

Puisqu’on est tellement habile à servir la « cause de Dieu » à toutes les sauces, examinons ce qui est véritablement sa cause :

Quand Jésus prie : Que ton royaume vienne, et quand il dit : mon royaume n’est pas de ce monde, toute personne ayant un peu de discernement devrait comprendre que « la cause de Dieu », ou si on veut « la cause de Christ », est avant tout que son royaume vienne.

Qu’en est-il donc du royaume de Dieu, puisque c’est ce royaume dont Jésus demande la venue dans sa prière ? Le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit. Ro. 14, 17. Celui qui sert Christ de cette manière est agréable à Dieu et approuvé des hommes. V. 18.

On ne dira point : Il est ici, ou : Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au-dedans de vous. Luc 17, 21.

Nous comprenons donc que le royaume de Dieu ne consiste pas à ajouter une maison à l’autre, à amasser toutes sortes de moyens pour ces maisons, et à se préoccuper énormément du manger et du boire et de tout ce qu’on invente et qu’on entreprend. Le royaume de Dieu est au-dedans de nous, tandis que les villas et les automobiles sont à l’extérieur de nous, pour peu que le royaume de Dieu soit en nous.

Si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi ? Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas : Que mangerons-nous ? que boirons-nous ? de quoi serons-nous vêtus ? Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. Mt. 6, 30-33.

C’est Dieu lui-même qui fait cette promesse à celui qui cherche premièrement le royaume de Dieu, qu’il recevra ce dont il a besoin pour sa subsistance.

D’où vient alors toute cette mendicité pour la cause de Dieu ? Tout simplement du fait qu’on ne cherche pas premièrement le royaume de Dieu, qu’on ne trouve pas que ce que Dieu donne suffit. On veut que les choses soient belles et élégantes, et Dieu n’a promis à personne de donner cela par-dessus. On fait donc comme les païens ; on recherche les choses d’en bas, et de cette manière on devient complètement étranger aux choses d’en haut, celles qui appartiennent au royaume de Dieu. Et bien que l’on soit dans un tel état misérable, on est assez enflé d’orgueil pour se comporter comme le conducteur des aveugles et leur lumière dans l’obscurité ; on pense maîtriser les choses de la bonne manière quand on se permet de juger de ce qui est la bonne doctrine et de ce qui ne l’est pas.

Tout ce que vous demanderez avec foi par la prière, vous le recevrez. Mt. 21, 22.

Je ne doute pas qu’on prie, mais on n’a aucune foi dans le fait que Dieu veut donner tout ce qu’on demande, car on demande pour satisfaire ses désirs humains. Et on ne reçoit donc rien de Dieu ; mais comme on veut à tout prix l’avoir, il n’y a pas d’autre solution que de lancer une mendicité à grande échelle pour la cause de Dieu. Je n’ai jamais lu dans les Écritures que si on veut avoir quelque chose selon la volonté de Dieu, il faut implorer les hommes et demander leur aide par écrit et oralement. Cette pratique ne vient pas d’en haut, et elle n’est pas non plus biblique, on ne peut donc pas la défendre. Elle n’est pas authentique, comme on dit ; mais elle est complètement fausse. Les gens qui pratiquent ces choses à tout bout de champ devraient entreprendre œuvre plus utile que de se comporter comme des maîtres. Ils devraient commencer par recevoir eux-mêmes un enseignement approfondi à l’école de l’Esprit.

Aux jours de Judas Maccabée, il y avait quelques sacrificateurs qui voulaient comme Judas monter à la guerre pour y accomplir des actes héroïques et devenir célèbres ; mais ils sont tombés à la guerre, car leurs motivations n’étaient pas tenables. Il y avait aussi parmi les enfants d’Israël beaucoup de gens qui sont tombés, et quand on a cherché à comprendre les raisons de cette hécatombe, on s’est rendu compte qu’ils avaient tous des idoles sur eux.

La cupidité est ainsi une mauvaise idole à emporter sur le champ de bataille. Aussi longtemps qu’on rend un culte à ce dieu, il vaut mieux rester à la maison et faire ses calculs de recettes et de dépenses, pour se demander si on s’en sortira avec un bon équilibre financier.

Puisse Dieu sauver son peuple de cet esclavage et de cette idolâtrie !

Les enfants d’Israël ont emporté dans le désert la tente de Moloch et l’étoile du dieu Remphan. Ac. 7, 43. C’est pour cela qu’ils ne sont pas entrés dans le pays promis. De la même manière, une grande partie du peuple de Dieu erre de nos jours dans le désert et dans l’esclavage, parce qu’ils se chargent de fardeaux que les Écritures nous ordonnent de déposer. Hé. 12, 1. Mais tout cela est bien entendu « la cause de Dieu » et c’est « biblique ».

Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l’homme n’a pas de lieu où reposer sa tête. Serions-nous plus grands que lui ? Il nous est donné comme un exemple digne d’être suivi. Nous qui habitons à la latitude du 60e parallèle, nous avons certes besoin d’une maison chauffée, mais quand nous en avons une, ainsi que le vêtement et la nourriture, nous devons nous en contenter. Ceux qui reçoivent des offrandes et des dons, comme les Lévites, doivent veiller à vivre dans les mêmes conditions que ceux qui leur donnent la dîme et des cadeaux. Hé. 10, 8. Car le fait est que la plupart de ceux qui donnent de l’argent pour la cause de Dieu sont des pauvres.

On a toujours haï celui qui réprimande à la porte, car on croit être dans son bon droit quand on traite aussi bien les brebis que la laine, comme si elles avaient été créées à cause des bergers. On exploite les gens qui ont une conscience fragile et on leur prêche la repentance, pour qu’ils piochent profondément dans leur bourse pour la cause de Dieu. Chère âme, fais un tour derrière les coulisses et examine comment les bergers utilisent la plupart du temps la dîme et les dons que tu fais pour la cause de Dieu. Fais-toi oindre les yeux d’un collyre !!!

Car c’est le moment où le jugement va commencer par la maison de Dieu – par nous. 1 Pi. 4, 17. Et le jugement, c’est que la lumière est venue au monde. Ce qui ne supporte pas la lumière appartient aux ténèbres, où c’est le prince des ténèbres qui règne. Il ne faut donc pas s’étonner que la chair soit furieuse quand la lumière est projetée sur ce qui fait marcher toute l’affaire. Dans les temps anciens, on criait déjà « Grande est la Diane des Éphésiens » quand l’apôtre s’en est pris au gagne-pain des magiciens. Ac. 19, 23-32. Chacun s’écrie : Voici Jésus ! Luc 21, 8. Nous avons le Jésus de la Bible ! Il est sous-entendu que c’est par « notre Jésus » que les affaires doivent prospérer.

Ils se sont forgé un Jésus idéal selon leur propre conception charnelle, et le vrai Jésus ne doit en aucun cas entrer en collision avec cela. Ils ont un Jésus dans la chair duquel le péché n’a pas été condamné. Ro. 8, 3. Ils ont un Jésus qui n’a jamais dit : Non pas ma volonté ! Car le Jésus auquel ils rendent un culte dans leur imagination n’a jamais eu d’autre volonté que celle de Dieu, même selon la chair. Je suppose que ces messieurs n’ont pas besoin de nous pour expliquer correctement comment il faut comprendre les versets suivants : Jn. 5, 30. Jn. 6, 38. Mt. 26, 42. Ils ont donc un Jésus qui n’a pas été rendu en tout semblable à ses frères. Hé. 2, 14, un Jésus qui n’a pas été tenté en tout comme nous, sans pécher, c’est-à-dire sans commettre de péché quand il était tenté. Hé. 4, 15. Le fait que Jésus soit issu de la postérité de David selon la chair, Ro. 1, 3, ne convient pas très bien à leur doctrine, ni le fait qu’il a renoncé à être égal avec Dieu et qu’il a pris l’apparence d’un serviteur, Ph. 2, 7, et qu’ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, la mort sur la croix. Ph. 2, 8.

Si je jetais une pierre dans l’eau et que je m’écriais ensuite : « Comme cette pierre était obéissante ! », les gens autour de moi diraient : Cet homme est fou. Quand il est dit de Jésus qu’il a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes, les gens qui ont un peu d’intelligence dans la tête et dans le cœur doivent comprendre qu’il s’est vaincu lui-même selon la chair, par l’obéissance. Mais c’est là une grande énigme pour tous ceux qui adorent un Jésus imaginaire et qui ont toutes sortes d’affaires religieuses. Mais c’est tout à fait clair pour tous ceux – même les fous – qui suivent les traces de Jésus par l’obéissance envers l’Esprit.

S’ils ne comprennent même pas les rudiments et les enseignements élémentaires en Christ, comment pourraient-ils comprendre des choses comme :

Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps. 1 Co. 12, 13. Maintenant donc il y a plusieurs membres, et un seul corps. 1 Co. 12, 20. Il vous a maintenant réconciliés par sa mort dans le corps de sa chair. Col. 1, 22. Au moyen du sang de Jésus, nous avons une libre entrée dans le sanctuaire par la route nouvelle et vivante qu’il a inaugurée pour nous au travers du voile, c’est-à-dire, de sa chair. Hé. 10, 19 et 20. Portant toujours avec nous dans notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre corps. 2 Co. 4, 10.

L’Ecclésiastique dit : La sagesse du scribe s’acquiert à la faveur du loisir, et celui qui n’a pas à s’occuper d’affaires deviendra sage.

Comment deviendrait-il sage celui qui gouverne la charrue, dont l’ambition est de manier, en guise de lance, l’aiguillon ; qui pousse ses bœufs et se mêle à leurs travaux, et ne sait discourir que des petits des taureaux ? Il met tout son cœur à tracer des sillons, un soin vigilant à procurer le fourrage à ses génisses. Chapitre 38.

On peut de même demander comment deviendrait sage celui dont les pensées et les préoccupations tournent jour et nuit autour de maisons et d’automobiles, et qui se soucie de savoir comment il va récolter suffisamment de moyens de toutes sortes. Une fois qu’on est parvenu à la foi, on devrait entrer dans le repos. Hé. 4, 3. Mais au lieu de cela, on se lance dans une agitation épuisante pour avoir des revenus, ce que Dieu nous a promis par-dessus. Ceci est-il donc aussi biblique ? Ou est-ce la liberté ? On se vante des deux, mais c’est très loin d’être biblique, et si on se sent libre dans cet esclavage, cela doit être selon la chair.

Personnellement, je n’ai rien contre les changeurs et les vendeurs de pigeons – Mt. 21, 12 – à condition qu’ils restent à leur place – en dehors ; car c’est Dieu qui jugera ceux du dehors. Il en va autrement quand ils pénètrent dans le temple de Dieu et font de la réclame pour leur marchandise en s’écriant : Venez, écoutez, c’est ici qu’est le Jésus de la Bible !!! Cela doit rendre zélé celui qui a ne serait-ce qu’une étincelle de l’entendement de Jésus, et il ne faut pas alors s’étonner qu’il renverse les tables et les chaises et qu’il chasse ces marchands à coups de fouet. Car il est écrit : Le zèle de ta maison (et sa maison, c’est nous) me consume. Il est aussi écrit : Qu’ai-je, en effet, à juger ceux du dehors ? N’est-ce pas ceux du dedans que vous avez à juger ? 1 Co. 5, 12. Pour ceux du dehors, Dieu les juge.

Mais le fait est que les foules ignorent la voie de Dieu et souhaitent avoir quelqu’un qui règne sur elles. Il n’est donc pas difficile pour des maîtres religieux qui se considèrent comme aptes à être les gardiens d’Israël, de saisir les occasions, quand en plus cela peut donner un gain et que le poste semble grassement rémunéré.

Il faut vraiment demander : Où peut-on trouver de l’honnêteté et de la sincérité ? Où peut-on trouver des prédicateurs de la Parole qui ne cherchent pas leur propre intérêt ? Où peut-on trouver la communion de l’Esprit ? Y a-t-il des personnes dont on puisse dire : Voyez comme ils s’aiment ???

Le retour de Jésus est proche. Trouvera-t-il la foi sur terre lorsqu’il viendra ? Je suis sûr qu’il trouvera beaucoup de travail éreintant, des institutions de bienfaisance et toute une collection d’ustensiles – tout cela pour la « cause de Dieu ». Mais trouvera-t-il la foi ???