Opprimer le pauvre

mars 1922

Opprimer le pauvre

Dieu a toujours tiré vengeance de ceux qui oppriment le pauvre. Et comment pourrait-on devenir grand dans ce monde, sans opprimer les autres ? Dans le royaume de Dieu, il s’agit d’être un serviteur, pour aider les pauvres à se relever – ceux qui sont pauvres en esprit, pauvres en eux-mêmes. Ceux qui règnent ont toujours opprimé les pauvres. Jésus était le serviteur des pauvres, pour leur apprendre à servir les autres, comme il l’avait fait à leur égard. L’amour condescendant dont on fait preuve envers les pauvres est une abomination aux yeux de Dieu et aux yeux des vrais disciples de Jésus. L’amour qui sert vient du ciel, alors que l’amour condescendant vient de Satan. Satan disait : « Je serai semblable au Très-Haut ». Il veut lui aussi distribuer de la grâce et de l’amour, mais comme c’est contre sa nature de le faire comme un serviteur, il le fait comme un dominateur.

Quelle est la situation parmi les enfants de Dieu ? Y a-t-il quelqu’un qui opprime le pauvre ? Trouve-t-on des personnes qui aiment la première place à table et qui aiment être appelées Rabbi ? Trouve-t-on des personnes qui froncent les sourcils et prennent un air sévère, pour dominer sur leurs assemblées par le regard ? Si quelqu’un vient bien habillé, avec beaucoup d’argent, avec une position influente parmi les hommes, avec une formation supérieure et une bonne éducation, on l’accueille la plupart du temps avec les mêmes bonnes manières extérieures que celles dont il fait preuve lui-même ; on fait assaut de politesse à son égard. Si un pauvre vient demander conseil pour sa vie, on expédie l’affaire le plus vite possible. Il est dit du juste qu’il connaît la cause du pauvre. « Dieu est puissant, mais il ne rejette personne ; il est puissant par la force de son intelligence. Il ne laisse pas vivre le méchant, et il fait droit aux malheureux. » Job 36, 5–6. Qui fait droit aux malheureux dans les assemblées de notre temps ? Celui qui ne fait pas acception de personnes, et qui ne méprise personne. Celui qui veut être grand s’appuie sur ceux qui sont plus grands – sur ceux qu’on respecte – pour avancer lui-même ; il n’agit de la sorte que pour pouvoir dresser son trône au-dessus des autres, de ceux qu’il a pu opprimer. Et si on ne peut pas devenir grand dans le monde, on essaye de devenir grand parmi les enfants de Dieu, de devenir grand spirituellement. « Opprimer le pauvre, c’est outrager celui qui l’a fait. » Pr. 14, 31. Le pauvre n’a pas d’éclat qui puisse rejaillir sur celui qui veut être grand.

En opprimant le pauvre de toutes sortes de manières, on l’a aussi privé de nourriture spirituelle. Dans une assemblée, chacun doit avoir le droit de servir et de se développer dans le ministère, selon la grâce que Dieu donne, pour que chacun soit rendu parfait en vue de servir les autres. Chacun doit progresser. Mais dans les églises, on ne sert pas selon la grâce que Dieu a donnée à chacun en vue de l’œuvre du ministère. On domine sur les autres, suivant les instructions de l’État – si on est dans une église d’Etat – ou d’une autre autorité supérieure. Et dans beaucoup d’assemblées dites libres, on retrouve la même façon de faire. Les âmes ne peuvent être nourries que si elles entrent et sortent, et trouvent des pâturages. La nourriture de Jésus était de faire la volonté du Père ; il prenait le temps de nourrir une seule âme auprès du puits de Sychar. En nourrissant les autres, l’âme est elle-même nourrie, de la même manière qu’elle est nourrie lorsqu’elle reçoit quelque chose de Dieu. Mais si certains s’octroient le monopole quant au fait de nourrir les autres, ils ôtent à ces derniers la possibilité de sortir pour trouver des pâturages. Nous sommes membres les uns des autres, et en tant que tels, nous devons vivre les uns dans les autres et les uns par les autres, dans le corps de Christ, liés les uns aux autres par l’aide que chacun peut donner à son frère. Chacun en particulier doit recevoir de la nourriture qui lui permet de croître à tous égards en celui qui est le chef. Si quelqu’un a le monopole de tout, on a vite fait de le connaître par cœur. Si les brebis étaient abondamment nourries, elles croîtraient et deviendraient grandes et fortes dans le Seigneur, et cela mettrait en danger ceux qui veulent dominer. Nous retrouvons à tous points de vue le principe de Satan : « J’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu. » L’aristocratie spirituelle exerce une terrible tyrannie spirituelle. Plus on peut enfoncer les autres dans l’ignorance et l’esclavage, plus on a de pouvoir sur eux.

Paul dit que nous devons croître à tous égards en celui qui est le chef, Christ. « C’est de lui, et grâce à tous les liens de son assistance, que tout le corps, bien coordonné et formant un solide assemblage, tire son accroissement selon la force qui convient à chacune de ses parties, et s’édifie lui-même dans la charité. » Ép. 4, 15–16. Dieu donne sa part de force et d’activité à chaque partie, et chacun en particulier doit vivre par ce travail qui lui est confié. Celui qui refuse à un autre ce qui est son droit dans l’Assemblée de Dieu, s’oppose à Dieu. Ayons de la compassion les uns pour les autres, et ne nous bousculons pas les uns les autres, mais restons chacun à la place où Dieu l’a mis. Ce ne serait absolument pas profitable pour l’œil que l’oreille disparaisse. Chaque membre a besoin des autres membres.

Lorsque ceux qui sont pauvres – pauvres en esprit – croissent et deviennent forts par la grâce, la vie elle-même fait valoir ses droits dans l’assemblée ; ceux qui sont riches dans leur esprit, dans leur expérience, à cause de leur âge, etc. (ils accumulent tout cela dans leur esprit, et cela s’extériorise sous la forme d’une dignité artificielle), tombent d’eux-mêmes, car le pouvoir n’a plus d’effet quand il n’y a personne sur qui régner. Ceux qui sont considérés et les grands dans l’assemblée ne peuvent régner qu’en maintenant les petits et les pauvres dans l’ignorance. Si on leur donnait un enseignement solide dans la vérité qui mène à la piété, ils deviendraient peut-être semblables à ceux qui leur ont enseigné les voies en Christ. Ils deviendraient ainsi « semblables à leur maître ». C’est pourquoi on ferme souvent l’accès à la lumière, car la lumière crée des personnalités, qui ont des pensées claires et qui sont autonomes en Jésus-Christ. À son époque, Jésus s’opposait à ceux qui avaient enlevé la clef de la science. Lu. 11, 52. Et à toutes les époques, Satan a laissé certaines personnes s’emparer de la clef de la science. « Vous n’êtes pas entrés vous-mêmes, et vous avez empêché d’entrer ceux qui le voulaient. » De nos jours, il y a des personnes qui sont entrées jusqu’à un certain point, mais qui se sont arrêtées ensuite ; elles veulent maintenant empêcher les autres d’aller plus loin, car si d’autres parvenaient plus loin, elles perdraient leur propre pouvoir. Dans le royaume de Dieu, c’est la lumière qui règne ; mais comme on veut préserver son pouvoir et qu’on se préoccupe plus de celui-ci que des brebis, on s’oppose à toute lumière qui dépasse celle qu’on a soi-même. Il y a beaucoup d’exemples de cela dans la vie de tous les jours. Si tu y prêtes attention, tu remarqueras que beaucoup de dirigeants détiennent une clef de la science. Tu admires peut-être ce dirigeant, mais il te maintient dans l’ignorance à tel point que tu ne te rends même pas compte qu’il te ferme l’accès à une vie plus profonde.

Mais Dieu n’a jamais donné à une certaine classe le monopole de la plus grande lumière dans l’assemblée. Chacun a les mêmes droits, que ce soit à la lumière ou au ministère, selon la grâce que Dieu donne. Même si les ministères sont différents, chacun a le droit de croître jusqu’à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ, à la place que Dieu lui a donnée.

Aussi longtemps que l’héritier est enfant, il ne diffère en rien d’un esclave. Mais il ne faut pas priver l’enfant de nourriture, pour qu’il reste toujours enfant et esclave ; il ne doit pas être constamment opprimé et écrasé par l’aristocratie spirituelle, et livré aux jeux enfantins des sentiments. Lorsque l’enfant est nourri, il finit par s’affranchir de la tutelle et du joug de l’esclavage. Devenu libre de tous, il souhaite alors se rendre le serviteur de tous. Lorsque quelqu’un parvient à l’état d’homme fait en Christ, le sérieux de l’éternité de la vie le saisit, et il désire de tout son cœur devenir un serviteur. L’ivresse sentimentale passe, et le jeu de la vie est remplacé par les exigences fortes du sérieux. C’est l’éveil d’une personnalité en Christ. Il est maintenant dans la force de l’âge mûr, la main pleine de la semence de Dieu, pour la semer dans l’assemblée. C’est là que se trouve son champ ; mais y a-t-il de la place pour lui ? Aussi longtemps que Jésus se révélait à lui, il n’y avait pas de problème, mais maintenant que l’image de Jésus en tant que serviteur se manifeste, les choses ne se passent plus si bien. Beaucoup d’âmes zélées ont dû s’en aller, parce qu’il n’y avait pas de place pour elles dans leur assemblée. Beaucoup de serviteurs sont devenus amers à cause de la tyrannie spirituelle du dictateur. Il y a eu des combats, et la plupart du temps, ce sont les personnes zélées qui s’en vont dans ce cas-là. De temps en temps, des assemblées peuvent ainsi se mettre à bourdonner comme des ruches, mais ce n’est pas un bourdonnement juste.

S’il arrive qu’une personne particulièrement respectée s’adresse à l’un des pauvres, et que ce dernier se permette d’avoir une autre opinion, on le considère tout de suite comme un personnage dangereux, qui est en train de s’égarer. C’est comme si on disait tout de suite : « Tu te permets d’avoir ta propre opinion ! » Pauvres brebis, qui sont forcées à coups de fouet d’avoir la même opinion que d’autres, et s’il advenait qu’on ait une pensée par soi-même, il faut la faire sortir à coups de bâton ou la couper, comme si c’était de la mauvaise herbe ! On écrase souvent toute personnalité de telle sorte qu’on fait des gens des esclaves des hommes, au point de vue spirituel. Il est grand temps que les pauvres secouent leur joug, qui a maintenu trop longtemps leur esprit dans l’ignorance. Dans le royaume de Dieu, nous n’avons besoin de personnes qui maintiennent les autres dans l’état d’invalides spirituels. Nous avons besoin d’âmes fortes en Christ, de brebis qui ont des cornes pour se défendre et de la laine pour se réchauffer.

Nous avons vraiment besoin d’une extermination radicale du pouvoir tyrannique de Satan sur les pauvres. Ce sont les petits oiseaux qui chantent le mieux. Les gros oiseaux sont souvent des oiseaux de proie. Ils dérobent aux pauvres les occasions et les pâturages, et après, dans leur folie, ils se vantent du grand nombre de personnes qu’ils peuvent réunir « autour d’eux » .