Jésus seul ou Moi seul

juillet 1918

Jésus seul ou Moi seul

Si tu vois un homme qui se croit sage, il y a plus à espérer d’un insensé que de lui. Pr. 26, 12.

L’homme a tendance à s’imaginer qu’il est plus que ce qu’il est en réalité ; et il n’est généralement pas là où il est, mais, dans son imagination, il se trouve à un endroit bien plus prestigieux, et c’est pour cela qu’il trouve ennuyeux d’être là où il est.

Ceci ne s’applique pas seulement aux impies ; la plupart du temps, les chrétiens sont aussi trompés de la même manière. C’est beaucoup trop peu de parler de Dieu à une seule personne ; il faut avoir une grande salle, une multitude de gens ; car, dans son imagination, on rêve de grands réveils, et on croit se voir soi-même comme un Billy Sunday13 parlant devant des milliers de personnes. De tels rêveurs ne deviennent jamais des outils de Dieu. Si les hommes que le Seigneur a utilisés dans le monde te racontaient ce qui leur est arrivé dans la vie, tu verrais qu’ils étaient à peu près chimiquement purs de rêveries. Ce sont les plus pauvres en esprit que Dieu peut utiliser, ce sont des personnes qui sont là où elles sont, et se considèrent comme à peine capables d’assumer les tâches les plus simples. Si tu en doutes, lis donc au sujet de Moïse et de Jérémie. Jude parle d’hommes qui, entraînés par leurs rêveries, souillent leur chair, méprisent l’autorité et injurient les gloires. V. 8.

Dans leurs rêves, ils planent si haut que les autorités et les gloires elles-mêmes sont à un niveau tellement bas qu’elles ne méritent que des moqueries.

Nous avons toute une quantité de prédicateurs qui planent très haut dans leur imagination. Tout ce qu’il y a entre le ciel et la mer n’a aucun secret pour eux. C’est pourquoi ils enveloppent – pas directement mais indirectement – leur propre personne d’un halo de gloire, si bien qu’après le sermon, c’est l’image du prédicateur qu’on garde comme peint devant ses yeux. On aperçoit à peine Christ. On crie : Jésus seul, mais quand on jette un coup d’œil autour de soi, on ne trouve généralement personne d’autre que le prédicateur seul.

Les journaux religieux suivent les mêmes traces. Je croyais qu’un journal chrétien était destiné à édifier, démolir, et à exécuter l’œuvre et la volonté de Dieu. Mais on est maintenant tellement occupé par « eux-mêmes seuls » au lieu, comme ils le disent avec leur bouche, de « Jésus seul », que des milliers de gens doivent lire ce qu’ils racontent de leurs nombreux voyages à droite et à gauche ! Le rédacteur d’un journal a écrit récemment que son grand-père avait été l’un des hommes de Eidsvold14 en 1814. Je croyais que des gens qui disent avoir affaire à « Jésus seul » étaient suffisamment sauvés pour ne pas être attachés à des généalogies comme les fabulistes juifs. Quel salut et quelle édification cela apporte-t-il d’entendre parler des exploits de nos grands-pères ? Si ce grand-père avait été un ouvrier ordinaire, on lui aurait à peine consacré une parole, même s’il avait été pieux et qu’il avait mérité qu’on lui consacre de nombreuses paroles.

Les prédicateurs de notre pays ont besoin d’un collyre pour qu’ils puissent voir. La folie les entraîne. L’éclat mondain est désirable ; l’éclat du grand-père doit rejaillir sur son petit-fils ou sa petite-fille. Il faut qu’on ait un éclat mondain, même s’il faut aller le chercher loin dans l’arbre généalogique. Est-ce de la liberté ? On peut se demander si ce n’est pas un retour à l’ancien esclavage juif.