Donnez son salaire à l’ouvrier !
À vous maintenant, riches ! Pleurez et gémissez, à cause des malheurs qui viendront sur vous.
Voici, le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs, et dont vous les avez frustrés, crie, et les cris des moissonneurs sont parvenus jusqu’aux oreilles du Seigneur des armées. Ja. 5, 1 et 4.
Le monde contemporain a assez d’argent et de nourriture pour maintenir des millions de soldats et de chevaux sur les champs de bataille pendant des années ; mais avant la guerre, on était tellement pauvre et misérable que de très nombreux ouvriers consciencieux et travailleurs devaient voir leurs enfants rongés par les maladies à cause de la sous-alimentation.
Les gens riches, mais aussi les États et les communes, rémunéraient leurs employés tellement peu que de nombreux parents dévoués devaient y regarder à plusieurs fois avant de dépenser le moindre sou. Et une fois la journée de travail normale terminée, alors qu’ils auraient eu besoin de repos, ils devaient chercher des tâches supplémentaires pour ne pas sombrer dans la famine et le désespoir.
Mais on a bien trouvé de l’argent, maintenant ! Le dieu de la guerre exige des milliards, et le peuple se sacrifie. Le salaire qu’on avait retenu aux ouvriers en temps de paix apparaît tout à coup au plein jour. On met toutes sortes de bijoux sur l’autel. Nous aurions certainement évité ce malheur mondial si les maîtres de ce monde n’avaient pas retenu le salaire des ouvriers. Il y a bien assez de richesses dans le monde, il y a assez de grain et de moût, il y a des vêtements en quantité, si seulement chacun est rémunéré à hauteur de la valeur de son travail. Mais la vanité, la cupidité, l’avarice, l’ivrognerie et les excès de table, aveuglent les gens à un tel point qu’ils prennent la nourriture de la bouche du pauvre et de ses enfants pour que leurs anneaux d’or soient plus gros, que leurs habits soient plus raffinés et modernes, que les cigares soient plus authentiques, et que l’on puisse se payer les meilleures places aux théâtres et aux spectacles de variétés. Mais les jours de la vengeance sont arrivés, et ils vont aller en s’amplifiant. Vos richesses sont pourries, et vos vêtements sont rongés par les teignes. Votre or et votre argent sont rouillés ; et leur rouille s’élèvera en témoignage contre vous, et dévorera vos chairs comme un feu. Vous avez amassé des trésors dans les derniers jours ! Vous avez vécu sur la terre dans les voluptés et dans les délices, vous avez rassasié vos cœurs au jour du carnage. Vous avez condamné, vous avez tué le juste, qui ne vous a pas résisté. Ja. 5.
Le rationnement n’a aucune raison de faire peur au pauvre ; car il n’a guère reçu des rations aussi grandes en temps de paix, quand les riches rassasiaient leurs cœurs au jour du carnage. Ils savaient trouver les meilleures côtes et le gras là où il y en avait, et ils savaient ce qu’ils auraient dû donner à leurs ouvriers. Mais le temps est bientôt venu de pleurer et de se lamenter. Il y aura moins de jours de carnage, les ouvriers exigeront d’être mieux payés pour leur travail, les impôts de guerre et d’autres impôts rongeront l’or comme de la rouille et le consumeront devant leurs yeux. Déchirez vos vêtements et poussez de grands cris de lamentation !
Le sang d’Abel criait vengeance sur la surface de la terre ; maintenant, c’est le salaire des ouvriers qui crie, ce salaire qu’ils auraient dû avoir au temps de la paix, quand ils moissonnaient vos champs. Les nombreux soupirs des mères soucieuses et des pères fatigués et traités injustement sont montés jusqu’aux oreilles de l’Éternel des armées.
Le Dieu de toute chair a entendu leurs prières et les cris de leurs enfants, et il s’est maintenant éveillé pour rendre la pareille.
Peut-on s’étonner que les foules murmurent contre des siècles d’oppression et de soumission ? Ils se lèvent maintenant de la terre comme des hordes sauvages et exigent qu’on leur fasse justice. Ils réclament vengeance pour les mauvais traitements infligés à leurs pères ; ils ont vu leurs mères pleurer de désespoir dans leur combat quotidien pour procurer le nécessaire à leur famille. Quand ils étaient enfants, ils étaient les témoins muets de ces choses, et ils ont vu comment les riches et leurs enfants se vautraient dans tous les biens de la vie. Peut-on s’étonner de ce qu’une haine s’éveille dans leur for intérieur contre un traitement aussi injuste ? Même de nos jours, l’injustice règne à un point tel qu’on devrait avoir honte. Embarque dans n’importe quel bateau à vapeur, et tu te rendras compte que tout le bateau est conçu pour servir celui qui a les moyens de payer le plus. On a laissé quelques recoins parmi les tonneaux et les sacs de farine pour les gens qui ont le moins d’argent pour payer. Il y a eu quelques améliorations ces derniers temps, mais on est encore loin du compte.
Les gens ont assimilé comme une évidence qu’il doit partout y avoir une différence énorme entre ceux qui ont de l’argent et ceux qui en ont peu ou pas du tout. On considère cette injustice comme de la justice. La conséquence en est que tout un chacun devient cupide, car c’est l’argent qui donne de l’honneur, une place et de la valeur, même si on est à l’intérieur aussi creux et vide qu’un vieux chêne pourri.
Dans de telles circonstances, il est vite fait pour l’homme naturel de se complaire dans la situation et de penser qu’il est dans son bon droit. Mais les Écritures disent autre chose :
Soyez donc patients, frères, jusqu’à l’avènement du Seigneur. Ja. 5, 7.
La vengeance appartient à l’Éternel, et elle vient ; nous devons user de patience et ne pas entrer en communion avec ceux qui veulent renverser les choses par leur propre force, pour imposer leur bon droit.
Quand c’est le Seigneur qui nous donne notre bon droit, il le fait de manière beaucoup plus complète que ce que nous pourrions faire par nous-mêmes. C’est pourquoi notre bien-aimé Seigneur Jésus-Christ a lui-même remis tout jugement de ses ennemis entre les mains de celui qui juge justement.
(Note de l’éditeur : L’article ci-dessus a aussi été publié dans le journal Hortens Avis le 22/2/1918.)