Qu’est-ce que l’amour ?

septembre 1917

Qu’est-ce que l’amour ?

Dans l’amour de soi, c’est le « moi » qui est au centre. On est comme une araignée au milieu de sa toile, on tient tous les fils dans sa main. Tout tourne autour de moi. « Je » suis le roi ; « je » suis Dieu. « Je » dois être aimé, honoré et adoré, sinon « ma » colère s’enflamme. « Je » n’ai rien à donner si je ne reçois pas une pleine compensation par ailleurs, mais « je » réclame tout, tout m’est dû.

Les lignes de force de l’amour de soi sont toutes dirigées vers le centre du cercle, c’est-à-dire « moi ». Rien ne va dans la direction opposée, vers les autres.

L’amour de Dieu fait briller son soleil sur les justes et sur les injustes, et fait pleuvoir sur les bons et sur les méchants. Toute sa bonté se dirige vers l’extérieur ; rien n’est trop bon pour être donné. De même que le soleil brille de manière désintéressée, et nous donne tout ce dont nous avons besoin, la nourriture et le vêtement, ainsi l’amour de Dieu rayonne aussi et nous donne tout ce qui contribue à la vie et à la piété.

L’amour de soi nourrit une seule personne : « moi ». Mais comme cette personne veut toujours être l’objet de cet amour égoïste, elle devient assujettie à l’amour de soi ; et comme l’amour de soi est toujours exclusif et crée des barrières par le moyen des sentiments, la personne en question – ce « moi » – a vite fait de tomber sous l’emprise étouffante de l’amour de soi – qui est Satan lui-même. L’amour de soi s’empare de sa victime et la fait mourir de manière cruelle.

Par le Saint-Esprit, l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs. Cet amour nous fait participer à lui-même, de sorte que nous devenons nous-mêmes des seigneurs, et que nous trouvons partout sur notre chemin des personnes qui peuvent être l’objet de notre bonté. L’amour de Dieu nous rend donc actifs dans un vaste domaine – le monde entier ; alors que l’amour de soi ne s’applique qu’à une seule personne, « moi », et qu’il finit même par la maltraiter et la faire mourir.

L’amour de Dieu est communicatif et apporte la vie et la joie partout où il est à l’œuvre. C’est pourquoi il est recherché et apprécié, alors que l’amour de soi est toujours haï.

Christ est monté aux Cieux et a fait des dons aux hommes. Pour pouvoir faire des dons, il faut que nous soyons suffisamment élevés au-dessus de la misère de la terre, pour que nous ayons une vue d’ensemble de la détresse des hommes. Comme ces dons sont tout à fait désintéressés, ils surprendront ; même les personnes les plus remplies d’amour de soi entreverront – au loin – une gloire céleste, d’une tout autre nature que l’amour dont leur vie est empreinte. C’est pourquoi il est dit que la bonté de Dieu nous pousse à la repentance. Nous sommes l’objet d’un amour extérieur à nous-mêmes – infiniment élevé au-dessus de notre amour de soi. Cet amour fait du bien ; on l’admire et on se tourne vers lui pour le posséder, comme une plante tourne ses feuilles vers le soleil. C’est là une vraie conversion. Quand on reste alors, à l’image de la plante, sous l’influence du soleil de justice, il ne se passe pas beaucoup de temps avant qu’on commence soi-même à fleurir et à dégager un parfum agréable. On a déjà quelque chose à donner. L’amour de Dieu a déposé en nous un peu de sa propre nature. On oublie l’amour de soi et on se réjouit de pouvoir rester dans la lumière, en communiquant aux autres ce que cette lumière produit en nous.

S’il est bon, un homme riche dans ce monde peut faire beaucoup de bien et réjouir beaucoup de gens. De même, celui qui a amassé des trésors en Dieu peut prendre de ce qu’il a et l’utiliser pour rendre d’autres hommes heureux. Si on vit dans l’abondance, on peut nourrir ses amis sans crainte de se retrouver ruiné. Si donc les trésors terrestres peuvent rendre heureux, combien plus les trésors célestes ont-ils de la valeur, eux qui nous donnent un bonheur éternel !

Tu trouves l’amour de Dieu lorsqu’il te saisit. Tu le reçois gratuitement, et tu peux alors distribuer gratuitement ses fruits aux autres.