Serviteurs de l’assemblée

juin 1913

Serviteurs de l’assemblée

Cela fait bien trop longtemps que les évangélistes ont décidé de faire fonction d’apôtres, de prophètes, de pasteurs et de docteurs, en plus de leur tâche d’annoncer l’Évangile. Mais la vie de l’assemblée en a subi les conséquences. L’évangéliste est à sa place aussi longtemps qu’il annonce l’Évangile ; mais le jour où il s’attribue une fonction qui n’est pas la sienne et qu’il se comporte comme un berger ou un docteur qui veut conduire les nouveaux convertis plus loin sur le chemin, les choses tournent mal.

À côté de l’évangéliste, Dieu a établi dans l’Assemblée des apôtres pour veiller sur les assemblées, des prophètes pour exercer une vigilance divine, des docteurs pour enseigner la doctrine qui mène à la piété, et des bergers pour garder et conduire, jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ. Ép. 4, 13.

Or l’évangéliste, dont la mission est de recruter les membres de l’assemblée, s’est approprié la tâche énorme d’éduquer les agneaux de son propre chef. Les fruits d’une telle folie sont déjà bien mûrs ; presque dans chaque ville de quelque importance, les assemblées issues du « dernier mouvement » se sont divisées en 2 ou 3 partis. Les réserves de l’évangéliste sont épuisées et on a commencé à se mordre, parce que la mangeoire est vide. Le nouveau converti n’a pas à la longue trouvé de nourriture dans l’évangile qui ne concerne que des pécheurs et il a fini par succomber à la famine spirituelle. On a certes fait un pas de plus dans le dernier mouvement que sous l’ancien esclavage, puisqu’on a reçu le baptême de l’Esprit et le don du parler en langues ; mais malgré toutes les divisions et les défections, on n’a pas encore ouvert les yeux sur les autres dons et personnes que Dieu a établis dans l’Assemblée pour que le tout mène à une croissance saine dans la foi.

L’exemple d’Israël nous montre combien l’œuvre du prophète était indispensable pour que tout soit maintenu en ordre dans l’assemblée. Quand Moïse a tardé à descendre de la montagne, le peuple s’est assemblé autour d’Aaron, et lui a dit : Allons ! fais-nous un dieu qui marche devant nous, car ce Moïse, cet homme qui nous a fait sortir du pays d’Égypte, nous ne savons ce qu’il est devenu. Aaron leur dit : Ôtez les anneaux d’or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et apportez-les-moi. Il les prit et fit un veau en métal fondu. Ex. 32.

Moïse ne l’aurait jamais fait. C’était un prophète d’un tout autre calibre, dont le Seigneur pouvait dire : Lorsqu’il y aura parmi vous (Aaron et Marie) un prophète, c’est dans une vision que moi, l’Éternel, je me révélerai à lui, c’est dans un songe que je lui parlerai. Il n’en est pas ainsi de mon serviteur Moïse. Il est fidèle dans toute ma maison. Je lui parle bouche à bouche. Nb. 12, 6.

Quand Moïse est descendu de la montagne, il a vu que le peuple était livré au désordre, parce qu’Aaron l’avait laissé dans ce désordre, exposé à l’opprobre parmi ses ennemis. Ex. 32, 25.

Moïse n’était pas un évangéliste, ni un orateur – contrairement à Aaron. Mais malgré ses dons d’éloquence, Aaron n’était pas en mesure de diriger le peuple. Il était trop faible et n’avait pas une liaison assez claire avec Dieu. Dieu ne pouvait lui parler que la nuit, dans des songes. Le jour, il était trop occupé à écouter le peuple et à obéir à sa voix, tout comme Saül l’a fait en son temps, pour sa propre perte. 1 Sa. 15, 24.

Aaron n’était pas capable de donner de la nourriture spirituelle au peuple et la discipline s’est relâchée, le peuple a été livré au désordre et a souhaité qu’on lui fasse une idole.

Ne se fabrique-t-on pas aussi des idoles de nos jours, parce qu’on manque de nourriture spirituelle et qu’on veut plaire au peuple ?

Tout comme Aaron a demandé au peuple de lui apporter tous ses bijoux pour en faire un veau d’or qui leur fasse plaisir, on demande maintenant à chaque endroit où Dieu a paré ses saints de dons spirituels, que le peuple envoie des rapports sur des guérisons, des réveils, le baptême de l’Esprit et le don du parler en langues. On fabrique ensuite de tous ces bijoux un veau d’or autour duquel on danse. On est affranchi de Moïse et de ses tables de la loi, et l’allégresse du peuple s’entend de loin. Voir Jg. 8, 22-27 où Gédéon a fait rassembler le butin de la victoire pour en faire un éphod afin de se parer de ce butin ; Israël s’est livré à l’idolâtrie avec cet éphod, qui est devenu un piège pour Gédéon et pour sa maison.

Dieu se venge quand on rejette ce qu’Il a établi dans l’Assemblée. Pour peu que l’on veuille bien ouvrir les yeux pour voir, prêter l’oreille pour entendre et utiliser son intelligence pour comprendre, tout homme qui réfléchit un peu se rendra compte que les assemblées de nos jours se trouvent dans un état minable, justement parce qu’on ne laisse pas les apôtres, les docteurs, les prophètes et les bergers remplir leur mission.

Et qui en porte la responsabilité ? L’évangéliste rassemble pour lui-même. Il est lui-même ignorant et maintient le tout dans l’ignorance, en s’entourant des nouveaux convertis que Dieu ajoute à l’assemblée. Pourquoi agit-il de la sorte ? Pour avoir un auditoire autour de son pupitre et pour que la collecte soit d’autant plus importante que les gens sont nombreux. Le péché, c’est donc l’honneur et le souci de se nourrir ; c’est l’incrédulité qui est à l’origine de tout cela.

Mais loué soit Dieu de ce que la lumière point, que le jour se lève aussi dans ces domaines. Nous avons cette confiance en Dieu que son peuple aura bientôt assez de connaissance et de lumière pour voir, entendre, comprendre et juger de lui-même à propos de ces sujets.