(Manuscrit original non disponible)
Paix !
Nous voilà donc ici ! Cette nuit, je suis resté longtemps éveillé et je pensais au capitaine Ivar Trondsen de Helgeråen. C’était un homme bien sous tous les rapports, et il faisait son travail de capitaine à l’entière satisfaction de son employeur. Mais un jour, Ivar s’est marié, et il a commencé à languir plus d’une fois après son foyer, lorsqu’il naviguait sur des mers lointaines. Il avait un assez bon salaire, de sorte que sa famille avait de quoi vivre. Une fois qu’Ivar Trondsen était à Londres, il a reçu une lettre qui lui annonçait que sa chère épouse Maria était malade et alitée. Le brave homme en fut fort affligé, et il n’arrêtait pas d’y penser. Et soudain, il a pris la décision de demander un congé de deux mois. Cela lui fut accordé, et le second l’a remplacé comme capitaine. À la fin de son congé, Ivar Trondsen est revenu à son cher navire. Ils ont mis le cap au sud. Mais ses pensées retournaient toujours vers son foyer. « Mon cher foyer » était le refrain qui retentissait sans cesse dans son cœur. Sa vocation est pour ainsi dire devenue un obstacle pour lui. La fois d’après, lorsqu’ils sont revenus en Europe, c’est sa fille aînée qui est tombée malade. C’en était trop. Ivar a une fois de plus demandé un congé, qui lui fut accordé. Cela a fini par devenir une habitude pour lui de demander des congés, car sa famille lui était devenue plus chère que sa vocation première et son métier. La dernière fois qu’il a demandé un congé, l’employeur lui a répondu en ces termes :
« Monsieur le capitaine Ivar Trondsen,
Nous accusons réception de votre demande de congé du 17 de ce mois, et nous vous accordons par la présente un congé définitif. À partir du 1er janvier, le second prendra votre place de capitaine. Nous espérons que vous aurez ainsi beaucoup de temps pour rester à la maison et prendre soin de votre famille. »
Le capitaine I. Trondsen n’était pas un païen ; il voulait tout d’abord prendre soin de sa propre maison. Au bout de quelques mois, l’argent a commencé à manquer. Les gens chuchotaient entre eux que cet homme devait avoir perdu la raison, puisqu’il avait abandonné son métier pour prendre soin de sa maison. Pour finir, ils ont dû recourir à l’assistance publique. Il a tout sacrifié sur l’autel de la famille, et cela a fini sur l’autel de l’assistance publique ; sa vocation et son métier, qui étaient l’épine dorsale de sa vie, ont été sacrifiés à cause de son prétendu amour pour sa famille.
Voilà ce qui se passe quand on ne prend pas premièrement soin de sa vocation. On détruit sa famille.
Salutations cordiales de ton frère toujours dévoué,
J. O. Smith