(manuscrit original non disponible)

Horten, le 5 mars 1927
Cher frère, Elias Aslaksen,
Je te souhaite la bonne paix de Dieu.

Merci beaucoup pour tes deux bonnes lettres et pour les manuscrits.

La parole de Dieu est vivante et tranchante, elle pénètre jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles, et elle juge les sentiments et les pensées du cœur. Il me semble qu’il faut arriver « au bout du rouleau » en tant que chrétien psychique (qui vit selon l’âme) avant de devenir un chrétien spirituel, de la même manière que lorsqu’on essayait de toutes ses forces d’observer la loi, celle-ci est devenue un pédagogue pour nous conduire à Christ. C’est l’âme qui crée du trouble dans les assemblées de Dieu. On ne peut pas dire que le chrétien psychique pèche, qu’il fait les œuvres de la chair, Ga. 5, 19, mais il ne marche pas non plus selon l’Esprit, pour pouvoir devenir spirituel.

On peut affirmer sans risque de se tromper qu’il n’y a que peu de personnes spirituelles parmi les croyants. Toute confiance en soi-même, le fait d’être imbu de soi-même, toute autosatisfaction, le fait d’être sage à ses propres yeux, etc. appartiennent à l’homme psychique. Le centre est le « moi » psychique. On peut certes être né de nouveau, mais comme on est loin d’avoir rompu par la croix les lignes de communication avec le monde, on reçoit des impressions de son entourage (les choses terrestres), et on raisonne et on juge selon ce que l’œil voit et que l’oreille entend. Cela n’est en aucune manière un jugement juste. C’est ce jugement-là qui prévaut la plupart du temps dans les assemblées. C’est pourquoi il y a tant de troubles et de vagues.

Quand on doit laisser la tête, Christ, diriger, on ne sait rien, on ne comprend rien, on ne peut juger de rien, avant que celui à qui tout jugement a été donné se fasse connaître. On devient quelqu’un qui n’a rien à dire, et on doit porter la croix de celui qui n’a rien à dire, ce qui est pénible pour celui qui croit savoir quelque chose. De cette manière, ce qui relève de l’âme est mis hors d’état de fonctionner, et ce qui est pauvre en esprit prend la place. C’est Christ qui devient alors la tête, et ma propre « tête intelligente » n’est plus qu’un appareil récepteur pour lui – Jésus-Christ, le souverain sacrificateur. On devient comme celui qui ne sait rien, qui ne possède rien et qui ne peut rien entreprendre. Mes œuvres disparaissent, mais les œuvres de Dieu apparaissent à la lumière. L’homme charnel (le vieil homme) a été crucifié, l’homme naturel (l’homme psychique) est crucifié, et l’homme spirituel (l’homme de Dieu) est manifesté une fois de plus ici sur terre, comme une image fidèle du Fils de l’homme. C’est pourquoi, la croix sur tout ce qui vient d’en bas, la croix sur tout ce qui vient de moi-même – selon ma nature !

Oui, cher frère, voilà ce qui a beaucoup occupé mes pensées ces derniers jours. Et ce que Dieu m’a donné de meilleur, c’est sa lumière qui dissipe mes ténèbres.

Pr. 31, 9. Que Dieu te bénisse, toi et ta maison. Salutations les plus cordiales de ton frère, toujours content dans cette lumière et dans cette grâce,

J. O. Smith