Horten, le 25 novembre 1918
Cher frère, Aksel,
Paix.

Merci pour ta bonne lettre reçue aujourd’hui, de même que pour la lettre de Helga et pour les manuscrits, qui ont été envoyés à « Gjengangeren » avec prière de bien vouloir imprimer deux numéros le plus vite possible. J’ai pris une partie d’un des articles du fr. Berg et je lui ai renvoyé le reste. Il n’a rien dit à ce sujet. Je suppose que nous avons assez de matière. Il y a énormément de choses traduites cette fois-ci.

Aksel a eu la grippe espagnole pendant environ 15 jours ; aujourd’hui, il a été à l’école. Tous les autres sont en bonne santé. Robert Andersen est très prudent et il a peur de se ranger complètement du côté de Dieu. Je ne crois pas qu’il y ait vraiment quelque chose d’entier chez lui. Il est fortement secoué par toute cette maladie et tous ces décès. Il faut plus de dynamisme ; les affaires occupent trop de place dans son cœur.

Les membres de l’assemblée de Ystrøm sont maintenant chanteurs à « Bethel ». J’y étais hier. Martinsen, de Moss, était là et il a parlé. Plusieurs frères ont ensuite parlé et ce qui était triste, c’était que chacun d’eux a fait un long sermon de grand-messe. Les jeunes de Ystrøm sont étouffés par tout ce prêchi-prêcha. J’ai bien vu qu’ils souffraient dans leur esprit. Ils doivent ensuite chanter et jouer après chaque sermon. J’ai du mal à croire qu’ils arriveront à supporter cela pendant longtemps. Ils vont d’abord se taire et ensuite, ils deviendront tièdes et froids. Ystrøm en est en grande partie responsable. Il a été beaucoup trop instable dans tout ce qu’il a entrepris. Il faut connaître soi-même le chemin si on veut pouvoir conduire d’autres personnes.

Les Berg et Pauline Borgersen étaient chez moi hier soir. Nous avons parlé de louer la salle de la laiterie dans un avenir proche, si seulement nous pouvions être un peu tranquilles – et ne pas recevoir un nouvel ordre d’embarquement. Nous n’avons mis pied à terre nulle part au cours de ces 4 à 5 années. Aucune assemblée dans tout Horten n’a davantage de ressources que nous pour faire des réunions évangéliques. Berg a un sens musical, de même que Signe, la fille de Marie Hansen. Karl Pedersen a eu la grippe espagnole, mais il va mieux. Le fr. Elias Aslaksen est venu me voir l’autre jour. Il est maintenant complètement libre de la Marine, il te salue. Quant aux combats avec K. P., le calme règne maintenant. Je crois qu’ils ont tous de plus en plus le sentiment que la voie sur laquelle ils ont voulu se lancer à tout prix est tout à fait impraticable. Il faut qu’ils changent de cap s’ils veulent avancer. Ce dernier combat détruit de grandes forteresses qui ont été pour moi un véritable enfer pendant de nombreuses années. Mais ils sont bloqués, maintenant, ils restent là sans bouger. Dès qu’ils font un mouvement, ils sont complètement broyés. Il est dur d’affronter la force de Dieu. Le front ouest peut sembler dur, mais quand il s’effondre, il s’effondre pour de bon. Dieu m’a assisté dans tous ces combats, et il va continuer à le faire jusqu’à la fin. Si le droit est de leur côté, loin de moi la pensée de lutter contre eux, et ça ne servirait d’ailleurs à rien. Mais maintenant, ils attaquent en s’appuyant sur des soupçons et ils mènent la guerre sur cette base. C’est la raison pour laquelle ils ne peuvent pas vaincre. La caisse de la mission, les réunions de mission et tout ce qui a à voir avec des réunions a éclaté en mille morceaux ici à Horten. J’espère qu’il ressortira quelque chose de plus pur et de plus noble de ce bouillonnement. Ceux qui sont enflés d’orgueil ne feront pas de progrès.

Salutations cordiales, ton frère

Johan