Haugesund, le 18-2-1918
Cher frère, Aksel,
Paix.

Merci pour ta bonne lettre du 13 de ce mois, à laquelle étaient jointes les lettres du fr. Aslaksen et des deux sœurs de Sarpsborg. Ça bouillonne et ça fermente partout maintenant. Sarpsborg semble être en pleine dissolution. J’ai reçu une paire de lettres du fr. Birkeland, et je n’ai pas pu m’empêcher de rire en apprenant que Jensen, le peintre, vient régulièrement aux réunions de Birkeland avec sa femme. Peut-être que Wintersborg se joindra à eux un de ces jours.

Dans sa première lettre, le fr. Birkeland a posé plusieurs questions. Il s’avère qu’il vient sans arrêt aux réunions un certain nombre de gens qui ne parviennent pas à une vie plus profonde. Mais ils ne veulent pas nous quitter, ils se plaisent parmi nous. Il serait injuste de vouloir chasser de telles personnes. Il faut donc les laisser fréquenter nos réunions, mais toujours veiller à ce qu’elles restent à leur juste place et qu’elles n’aient en rien leur mot à dire. Laissons le lieu très saint être et rester le lieu très saint, laissons le lieu saint être le lieu saint, et laissons le parvis être le parvis et être considéré comme tel. À la longue, il sera complètement impossible d’éviter que viennent parmi nous beaucoup de personnes du parvis.

J’ai donc écrit au fr. Birkeland qu’il doit garder les parvis du Seigneur et qu’il ne doit pas expulser ces personnes. Mais tous doivent savoir que le lieu saint et le lieu très saint ne se trouvent pas dans le parvis. De cette manière, je crois qu’on peut mettre toutes choses à leur place : les pécheurs se convertissent, les enfants de Dieu sont sanctifiés. Mais il ne faut jamais permettre au parvis de fouler aux pieds le sanctuaire. Chacun doit ressentir que nous savons où est sa place et que nous prenons note de tous ceux qui dépassent leur limite.

Ça doit être triste pour Barratt et Erik A. de voir leurs édifices sapés, chanceler et être ébranlés par les vents et la pluie. C’est ce qui se passe quand on ne creuse pas en profondeur. On parviendra toujours assez tôt en hauteur, il s’agit seulement d’avoir un bon fondement. L’Écriture nous dit de nous laisser attirer par ce qui est humble. Nous ne devons pas avoir hâte maintenant de construire en hauteur, mais au contraire travailler consciencieusement à partir du bas. Il ne faut pas non plus essayer d’intégrer à l’édifice n’importe quelle personne qui vagabonde, mais veiller à ce que chacun reçoive une éducation et une formation solides. Si quelques-uns sont actifs et travaillent, laisse-les travailler ; il viendra bien un temps où leur travail sera mis à l’épreuve. Mais nous ne devons pas prendre tout ce qu’ils font pour argent comptant, sans avoir vu les fruits et éprouvé le tout.

Salutations cordiales de ton frère,

Johan