(Tapé à la machine, manuscrit original non disponible)
Paix.
Nous sommes arrivés ici dans la nuit de samedi à dimanche. Dimanche, le fr. Birkeland et moi sommes allés à terre. Tønnes Andersen a raconté qu’un prédicateur du nom de Herman Olsen, âgé de 55 à 60 ans environ, était à la réunion dimanche matin chez Wintersborg, qui a loué la salle de la Croix-Bleue[21]. Ce prédicateur a dit de nous que nous avions été « brûlés » à la réunion à Haugesund. Wintersborg a ensuite posé cette question à l’auditoire : Que ferons-nous de ces gens s’ils viennent dans cette salle ? Faudra-t-il les expulser aussitôt ou quoi d’autre ? Les avis étaient partagés, si bien que cela n’a pas donné de résultat.
Pratiquement personne ne croyait que nous viendrions à leur réunion le même après-midi. Wintersborg n’était pas présent lui-même, mais sa femme nous connaissait et nous a fait signe qu’il y avait de la place plus loin devant, car la salle était pleine et nous étions près de la porte. Nous nous sommes donc avancés. Le même H. Olsen, qui avait été à Haugesund, a parlé et il a saisi l’occasion pour chanter les louanges d’un jeune homme qui avait refusé de faire le service militaire. Nous étions en uniforme, si bien que tout le monde nous a regardés.
Ensuite, il y a eu la liberté de témoigner. Je n’avais rien à dire, et je n’ai rien trouvé dans la Bible non plus. Et pourtant, j’avais présent à l’esprit tout ce que ce prédicateur avait fait contre nous. Une collecte a été organisée pour cet homme.
À la fin de la réunion, j’ai senti que l’Esprit de Dieu me poussait à me lever pour témoigner. Un cordonnier à la force herculéenne, qui avait été un bagarreur notoire, tenait mon képi. Je leur ai dit que je m’étais converti et avais reçu le Saint-Esprit alors que j’étais en uniforme à bord de navires de guerre de la Marine. Qu’on prétendait que nous avons été brûlés à Haugesund, mais que pas un fil de nos vêtements ne sentait le roussi, que les prédicateurs engloutissaient avec avidité les couronnes que nous leur donnions – bien que cet argent ait été gagné sur des bateaux de guerre par des militaires, etc.
Mais c’en était trop pour Herman Olsen, qui cria à haute voix : Prêche Christ. Un Danois m’a crié la même chose. En un instant, la salle s’est retrouvée sens dessus dessous. Plusieurs visages ressemblaient à des visages de démons, d’autres criaient à haute voix : Laissez-le donc parler. Par la grâce de Dieu, j’ai continué à leur raconter que j’étais heureux d’avoir beaucoup d’amis dans cette assemblée, et qu’ils ne pourraient rien me faire de plus que ce que les gens ont fait lorsqu’ils ont amené Jésus au bord de la montagne pour le jeter dans le vide, car son heure n’était pas encore venue. Mon heure n’était pas non plus venue.
Il y a eu ensuite des cris et du chahut. J’ai pris mon képi et je suis sorti. Environ un tiers de l’assistance a suivi. Une femme a couru derrière nous, elle m’a pris la main et m’a remercié de ce que de l’ordre avait été mis dans cette situation embrouillée. Une autre femme faisait des grimaces et tournait son visage et ses mains contre moi. Un homme qui pouvait avoir la trentaine et qui était assis à ma gauche s’est mis à expulser tous ceux qui étaient pour nous. Dans son zèle, il était arrivé en dehors de la salle et il nous injuriait. Il se retrouva face au cordonnier à la force herculéennes qui avait tenu mon képi, et qui m’avait défendu publiquement à la réunion. Ce cordonnier s’était converti plusieurs années auparavant, mais c’en était trop pour lui. Il frappa l’homme qui voulait expulser nos amis et celui-ci s’en tira avec un œil au beurre noir. Il paraît que l’homme qui avait reçu le coup avait perdu connaissance. Il s’est avéré que la majorité était de notre côté, en termes de force. Le cordonnier aux forces herculéennes est venu nous voir après. Il a expliqué qu’après la mort du vieux Smith, il n’y avait eu que partis et querelles. L’homme qu’il avait frappé l’avait longtemps agacé avec ses remarques insolentes. Comme il était converti, il n’aurait pas dû frapper les gens, mais cela avait dépassé les bornes cette fois-ci, si bien qu’il lui avait « flanqué un coup ». Nous lui avons exposé la parole de Dieu avec plus de précision, là, dans la rue, et il avait l’air très reconnaissant et touché. Nos adversaires ont subi une redoutable défaite aux yeux de toute l’assemblée. Le prédicateur a entendu davantage de choses de la bouche de Joakim Vold, qui s’est levé et qui en a dit plus après notre départ. Ensuite, nous nous sommes retrouvés pour une réunion chez Julian Pedersen où nous avons passé un moment béni. Je comprends en vérité que Dieu est avec nous. Il arrive la même chose qu’avant, ils crient d’une voix forte. Après cela, les amis se sont abondamment réjouis. Ils ont compris que ces gens qui blanchissent la muraille à la chaux n’ont ni arme ni force – et qu’ils ne comprennent pas les Écritures, bien que les promesses coulent de leurs lèvres comme des petits pois qui sortent d’un sac.
Ce sont des ennemis de la croix de Christ et il leur manque la force de la croix. On pourrait maintenant s’emparer de leur assemblée par la guerre. Aucun d’eux n’a été capable de nous résister, car ceux qui criaient qu’on devait nous laisser la liberté de parler étaient aussi nombreux qu’eux, voire plus. Je voulais que tu saches cela, pour que tu puisses combattre avec nous et te réjouir avec nous.
Salutations cordiales, ton frère et collaborateur
J. O. Smith