« Viking », Vardø, le 11 juillet 1917
Cher frère, Aksel,
La paix de Dieu, en Jésus-Christ, notre Seigneur.

Merci pour ta bonne lettre. Cela m’a fait plaisir d’avoir des nouvelles des jeunes filles à Drøbak et des progrès qu’elles font. Je vois aussi que tu as viré 1 000,00 couronnes à Horten pour créer un fonds pour soutenir la diffusion de la vérité (fonds de voyage). K. P. avait une telle caisse, mais le fr. Nils Risnes s’est vu remettre récemment tout ce qui restait dans cette caisse, à savoir 62,00 couronnes. Je ne crois pas qu’il doive continuer à s’occuper de cette caisse. J’ai demandé à Pauline de placer l’argent à la banque et de garder le livret jusqu’à mon retour. Nous verrons alors ce que nous en ferons. Peut-être aurons-nous besoin d’argent ici à Vardø, au cours de l’automne, pour louer une salle. Le fr. Strømme nous accueille chez lui, mais le plafond est bas et il n’y a pas beaucoup de place. La végétation pousse sur le toit. Les choses semblent assez compliquées ici. Un frère, nommé Kristiansen, et sa femme, fréquentaient autrefois les réunions chez le fr. Ellefsen. Il est maintenant fortement engagé dans la mission libre. Autant lui que sa femme se sont fortement opposés à nous dimanche soir. Le marchand Bratsberg (grossiste) préfère la doctrine de Ulne, et nous a quittés. Deux autres femmes ont aussi rejoint la mission libre. Il ne reste que deux personnes pour qui j’ai de l’espoir : Madame Strømme, ex-officier de l’Armée du Salut, et Susanne Norum, celle qui a tapé du poing sur la table pour nous défendre à la mission libre. Le fr. Strømme a besoin d’être baptisé de l’Esprit. Nous le lui avons dit. À ma connaissance, chacun sait maintenant à quoi s’en tenir et peut en tirer les conséquences. À quelques dizaines de kilomètres au nord de Vardø, dans le petit village de pêcheurs qui s’appelle Hamningberg, il y a environ 20 personnes qui ont reçu le baptême de l’Esprit et le parler en langues grâce au ministère d’un frère nommé Goxun. Certaines d’entre elles rendent visite à la famille Strømme quand elles viennent à Vardø, qui est la capitale du Finnmark. Nous avons parlé avec deux d’entre elles.

Il y a une autre nouvelle qui va te réjouir. Un jeune sous-officier, parmi les plus brillants et les plus réfléchis de la Marine, qui fait son service ici à bord, s’est manifesté de lui-même l’autre jour, et m’a dit qu’il souhaitait se joindre à nous et rechercher Dieu comme son Sauveur. Il nous a dit qu’il avait été attiré par le fait que des personnes aussi réfléchies que nous, étaient des chrétiens. Ça faisait un moment qu’il ressentait la vanité de ce monde, mais il ne voulait pas rechercher Dieu pour autant, car il avait constaté que beaucoup de chrétiens n’étaient pas raisonnables, et ne géraient pas bien leurs affaires terrestres. Maintenant, il passe son temps avec nous, à genoux dans notre cabine, à demander à Dieu le salut, la paix et le Saint-Esprit. Il dit lui-même que ce premier pas était un acte de raison. Mais il prie maintenant pour que l’Esprit l’amène à une pleine conviction. Il lit et il prie pendant la journée et pendant les quarts de nuit. C’est un homme très cultivé, qui a étudié tous les ouvrages de Ibsen et Bjørnson, et qui s’est mis à l’anglais par pure passion. C’était un choc énorme pour lui quand je lui ai dit que toutes ses études n’étaient que poursuite du vent, et qu’elles ne lui apporteraient que du vide, même s’il venait à creuser beaucoup. Il s’emploie maintenant à la lecture de « La prière », du livre de l’Ecclésiastique et de la Bible. Il prie, il lit, et quand il trouve une pépite, il vient nous en faire part. Humainement, cet homme a les meilleurs prérequis pour devenir un véritable disciple et ouvrier. Il a écrit une lettre très sensée à sa femme, dans laquelle il expose sa position. Aujourd’hui, il est venu me dire qu’il avait lu dans « La prière » que la période la plus dangereuse était le commencement. Le livre indiquait que lorsqu’un bateau quittait le port, il était particulièrement exposé à des récifs et à des écueils, à des vents contraires et à toutes sortes de dangers, jusqu’à ce qu’il arrive en pleine mer, dans un espace plus vaste.

Nous avons largement à faire, à bord comme à quai. Dieu travaille de notre côté et envoie sur notre chemin les personnes qu’il veut.

Le dernier numéro de Skjulte Skatte était plein de coquilles. J’en ai fait la relecture aujourd’hui, et je t’envoie le résultat. L’article dont j’avais dit qu’il faudrait le retirer est bien, là où il se trouve, à la suite de la lettre de Clément aux Corinthiens[31], qui est très bonne. Si chacun reste à la place qui lui revient et dans le périmètre qui lui a été attribué, tout se passe bien. Ils peuvent travailler dans ce cadre et étendre les poteaux de leur tente d’une manière naturelle.

Tu as eu maintenant des nouvelles du Finnmark. Comme je l’ai dit, nous espérons que certains amis de Hamningberg viennent nous écouter. Quand ils viennent ici, ils restent généralement quelques jours. Ce soir, nous avons une réunion chez le fr. Strømme. Le nombre d’amis semble augmenter à Aalesund. Je crois que ça va être au tour de Brevik et de Porsgrund maintenant. Je ne sais pas si tu as été à Horten et si tu as pu parler avec Nilsen. Tu sais que Nilsen est à Brevik, et Lorentz Risnes à Porsgrunn. Le fr. Nils Risnes va bientôt se rendre à Voss pour une formation. Il pourra peut-être ensuite rendre visite à son frère à Porsgrund et en profiter pour passer à Brevik. Il est fiancé, mais je ne sais pas très bien si sa fiancée est Kristine, celle qui était chez Andresen à Sarpsborg.

Salue les amis et ta famille.

Cordiales salutations de ton frère

Johan

Plus tard le même jour :

Je suis allé m’entretenir avec le quartier-maître Johan Due Andresen. Il tient un journal intime. À la date du dimanche 8 juillet, il a écrit : J’ai commencé aujourd’hui à rechercher Dieu sérieusement. Dans le même journal intime, il m’a montré plusieurs citations de l’Ecclésiaste, certaines de Ibsen, qui décrivent le vide et la vanité. Il lit maintenant le livre de la Sagesse, à l’endroit où le sage demande de la sagesse, et qu’il faut de l’intelligence pour demander de la sagesse dans ses prières. Cette prière, je la fais mienne, a-t-il dit. Nous sommes bientôt prêts à aller à la réunion tous les trois. Il (Andresen) chante remarquablement bien. La dernière fois, il nous a chanté le psaume « Den store hvite flok vi ser ».

Nouvelles salutations de ton frère

J. O. S.