« Valkyrjen », Bergen, le 3-2-1917
Cher frère, Aksel,
Paix.

Ça fait un moment que je n’ai pas eu de tes nouvelles. Dieu soit loué et honoré, car il permet des progrès ici, sur la côte ouest. Le frère Johan Lohne est venu me voir à bord hier après-midi. Nous avons fait une promenade à terre. Il avait de bonnes nouvelles à m’annoncer d’ici et là, et en particulier de Haugesund, où travaille entre autres le frère Th. Ellefsen. Les amis de Haugesund ont à leur tour des contacts auprès de qui ils ont manifesté leur grande joie, et il y en a d’autres qui aimeraient entendre la Parole. Pourtant les noms « Smith » et « Skjulte Skatte » sont difficiles à digérer pour les gens, car les prédicateurs [des assemblées] libres ont travaillé partout contre nous.

Mardi soir, le frère Haagensen et moi étions dans une salle près du Quai allemand[28]. Il s’y rassemble des personnes qui ont quitté Skostrædet 17. Je me suis habillé en civil pour passer inaperçu, et j’ai demandé à Haagensen d’attendre un moment avant d’entrer dans la salle derrière moi. Nous nous sommes assis chacun dans notre coin, mais il n’y a rien eu à faire, on nous a tout de suite reconnus. Le fr. Ellefsen a travaillé sans faire de bruit avec le dirigeant « Heglund » et sa femme. Les frères Berg et Birkeland ont fait de même. Le résultat de tout cela, c’est qu’ils annoncent désormais la croix dans leur assemblée. Pourtant, ils sont très réservés à notre égard, et ont peur de nous. Heglund était malade ce jour-là.

Lohne m’a raconté aujourd’hui un drôle de rêve. Il m’a vu entrer dans une salle inconnue près du Quai allemand. Dans un coin de la salle, le dirigeant du groupe était allongé (malade) dans un lit, vêtu de vêtements blancs. Le rêve est encore très présent à mon esprit, m’a-t-il dit. Son interprétation était que le dirigeant était pur, mais mort (aux dires du fr. Lohne). Dimanche dernier, c’était Rogde de Voss qui avait prêché parmi eux, nous a-t-on dit.

Après sa visite à Voss, le fr. Lohne est allé à Bergen, et il est entré au Skostr. 17, où la salle est toujours comble. Il s’est levé, et sur la base de Éphésiens 1, il leur a dit qu’il existait un salut qui dépassait le baptême de l’Esprit et les dons spirituels. Toute l’assemblée criait : « Alléluia » m’a-t-il dit, sauf le fr. Kleppe qui marmonnait de temps à autre un « Amen » derrière son dos. Il était infiniment heureux de ce magnifique message qu’ils auraient pourtant bien voulu rejeter complètement. Ils ont donc été désarmés. La liaison entre Rogde (Voss) et Bergen est une bonne chose. Il y avait une femme âgée qui a loué Dieu pour la magnifique soirée, le mardi où nous étions à la réunion, près du Quai allemand. À la fin de la réunion, elle était complètement d’accord avec nous. C’était tellement bon d’entendre le discours du fr. Haagensen, et tout allait dans une même direction. Il est vrai cependant qu’ils avaient un peu peur du nom Smith et de la « doctrine ». Le fr. Madsen fait un bon travail à bord du « Finnmarken ». Il écrit aux gens, parle de vive voix à ceux qu’il rencontre, du nord, comme du sud. C’est un jeune homme zélé, un peu comme Lohne. C’est un homme perspicace, et il disait dans son discours que le fr. Ellefsen était le seul frère qui ait pu réellement l’aider. C’était la sœur Danell qui les avait mis en relation l’un avec l’autre.

4/02 – Pendant le quart de jour.

Le fr. Lohne m’a fait savoir que le fr. Ellefsen aimerait retourner dans le Finnmark, bien qu’il y fasse actuellement nuit quasiment toute la journée. Les amis de Vardø lui tiennent vraiment à cœur.

J’espère que nous aurons bientôt un frère de plus, qui soit propre à ce travail, notamment Haagensen. C’est un homme entier, sans partage, et c’est pour moi une véritable joie d’être en sa compagnie. Il a d’ailleurs une bonne plume, et figurait parmi les premiers à l’examen du brevet. J’ai parlé l’autre jour avec son beau-père, le mécanicien en chef Hansen. Il m’a confié ne pas comprendre l’attitude de Tidemann Haagensen, à qui on avait proposé un poste administratif dans les services sanitaires, et qui avait décliné cette offre. Il m’a écrit avant Noël, et m’a demandé s’il devait repartir en voyage. Je lui ai répondu qu’il devait chercher conseil auprès de Dieu. J’en ai parlé un peu avec notre sous-officier sanitaire. Il n’avait pas d’avis particulier non plus. Mais notre sous-officier sanitaire a eu la fièvre. Il voulait rejoindre l’école technique à Horten. Il a envoyé à un télégramme à H. et tout s’est arrangé immédiatement.

Un homme est arrivé ici, c’est un homme converti qui vient de Aalesund. On n’a pas encore eu l’occasion de trop parler avec lui. C’est lui qui a pris l’initiative de se présenter. Il vient de l’assemblée de « la mission intérieure » (Didrik Andersen).

Les actions entreprises à droite et à gauche, dans les différentes villes, sont sur le point de se rejoindre [pour former un ensemble]. Lohne est devenu un véritable rabot. Le fr. Haagensen a parlé dans la salle du Quai allemand avec tellement de clarté et de connaissance ! C’était un vrai plaisir pour moi de l’écouter. Je comprends en vérité que Dieu travaille de notre côté. Si ce n’était pas le cas, ça fait longtemps que nous aurions dû échouer, face à autant d’adversité, venant de l’intérieur comme de l’extérieur. Mais gloire à Dieu, tout progresse en direction de la victoire, et nous nous emparons d’une forteresse après l’autre. Un lieu après l’autre. Le fr. Lohne m’a parlé d’un homme, adversaire de Skjulte Skatte, et qui a deux filles qui habitent à Haugesund. Elles fréquentent toutes les deux les réunions chez le fr. L., et ont écrit une lettre à leur père dans laquelle elles lui expliquent combien elles sont heureuses. Ces nouvelles l’ont tellement réjoui que toute son opposition à notre égard s’est dissipée. Si je ne me trompe, il voulait même s’abonner au journal. À Pâques, Lohne envisage de faire une tournée dans la région autour de Bergen.

Comme tu le constates, ça germe et ça fermente un peu partout. On peut se coucher et dormir, et quand on se relève, la semence a poussé. Le capital travaille par la grâce de Dieu, au travers de nous, et nous travaillons grâce à Lui.

J’espère que tout va bien à Drøbak. Peut-être faut-il découper mon article sur Ro. 7 en plusieurs parties pour qu’il y ait de la place pour d’autres articles. Ça fait longtemps que je n’ai pas eu de nouvelles du fr. Th. Hansen à Kristiania. Il souhaitait avoir de nos nouvelles sur la côte ouest. Transmets-lui donc cette lettre avec une salutation cordiale.

Tout va bien avec les amis de Aalesund, Molde et Moldøen. Le fr. Th. Ellefsen aura une permission de 10 jours autour du 20/2. Son adresse est la suivante : « Viking » à Haugesund. J’ai reçu récemment une carte postale du fr. Elias Aslaksen qui va déménager avec sa famille à Fredrikstad où il va louer un petit appartement. Depuis mon départ, je n’ai pas eu de nouvelles du fr. K. P.

Salue les tiens et les amis.

Salutations cordiales de ton frère

Johan

Le fr. Lohne m’a dit que Ellefsen envisageait de faire le détour par Kristiania lorsqu’il rentrera chez lui au début du mois de mars. Le fr. Hansen aura peut-être alors l’occasion de s’entretenir avec lui.