« Valkyrjen », Ålesund, le 23 novembre 1915
Cher frère, Aksel,
La paix de Dieu !

Je suis maintenant de nouveau à bord du « Valkyrjen ». Le fr. Th. Hansen et le fr. Gulliksen m’ont accueilli à la gare de Christiania. Nous sommes allés chez le fr. Hansen et nous avons parlé ensemble pendant une heure. La femme et la sœur du fr. Hansen étaient présentes. C’est vraiment béni de rencontrer une âme fidèle ici et là sur son chemin, et je crois que le fr. Hansen sera une bénédiction là où Dieu l’enverra. C’était la première fois que je voyais le fr. Gulliksen. Il semble être une de ces personnes qui aiment examiner les choses à fond, à en juger d’après son regard. Dieu chérit avec jalousie notre esprit, quels que soient nos dons naturels. La parole de Dieu est tranchante, elle partage âme et esprit, jointures et moelles, mais il n’est pas écrit que la Parole partage l’esprit lui-même. Là où notre esprit humain n’a pas été vivifié, il est lié au péché dans la chair. Quand une personne s’endort en Christ (meurt), le péché qui est dans son corps suit le corps dans la tombe et le résultat est qu’on voit la corruption. L’esprit est affranchi du corps du péché. Lorsque l’esprit d’une personne est affranchi du péché dans la chair dès la vie présente par la mort et les souffrances de Christ, la personne en question est glorifiée avec Christ, en passant par le même processus que Christ dans les jours de sa chair. Or Christ a présenté avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et il a été exaucé à cause de sa piété. L’esprit de Christ a été affranchi du péché dans la chair, avec la conséquence que sa chair n’a pas vu la corruption. Mais on peut poser la question de savoir ce qu’il advient du péché dans la chair. Peut-on dire qu’il se volatilise sous l’effet du jugement ? Le prince de ce monde doit être jeté dehors. Est-ce que le péché dans la chair est identique au prince de ce monde ? Est-ce une partie de lui-même ? Si le péché (le prince de ce monde) a été dans la chair de Christ, est-ce qu’il ne laisse pas des marques derrière lui ? Si, je le crois. La marque laissée par la lance dans son côté, et ses mains et ses pieds percés, témoignent qu’à l’époque, le péché était dans la chair, mais qu’il y a été jugé.

Mais nous qui n’avons peut-être que la moitié du salut parfait de Christ, qu’advient-il de nous ? Je crois que notre gloire avec Christ dépend du degré auquel nous avons été vivifiés dans notre esprit. L’esprit d’une personne qui a reçu le pardon des péchés, sans plus, est séparé du corps du péché en tant qu’esprit purement humain. Il en est de même pour la partie de notre esprit qui n’a pas été vivifiée. Elle est séparée en même temps que l’esprit vivifié, mais elle est purement humaine. La question qui se pose alors est de savoir si l’esprit purement humain et notre esprit vivifié peuvent cohabiter dans un même corps et former un seul esprit. Oui, ils le peuvent maintenant, tandis que le péché est dans la chair, et à combien plus forte raison quand le péché a été ôté.

Si donc Christ n’a pas vu la corruption, parce que son esprit était complètement séparé du péché dans la chair, n’avons-nous pas le droit de ne pas voir la corruption, en partie du moins, dans la mesure où nous avons été rendus vivants ? Non ! Il existe encore en nous les actions du corps, auxquelles le corps tout entier participe, et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui, tous sont imprégnés de la même chose qui a causé la souffrance, c’est-à-dire le péché. C’est pourquoi, même si nous analysons et comprenons en partie et prophétisons en partie, Dieu opère pourtant avec ce qui est parfait, en se servant des parties comme autant de facteurs.

Finalement, notre consolation et notre espérance, c’est que si un seul est mort pour tous, tous donc sont morts. Or Christ est devenu le sauveur de tous les hommes, surtout de ceux qui croient. Lorsqu’un impie meurt et que son corps, avec le péché qui s’y trouve, est séparé de son esprit, n’est-il pas au même stade qu’une personne qui n’a reçu que le pardon des péchés et a un esprit purement humain ? Si, si l’on veut, mais il s’y ajoute la condamnation pour les péchés qu’il a commis et dont il n’est pas purifié. Cela entraînera le jugement et la condamnation de tout son esprit, de sorte qu’il ne pourra pas jouir de la joie d’être libéré du corps du péché, à cause de la grande frayeur qui repose sur lui.

De cette manière s’accomplit la parole qui dit que chacun recevra selon le bien ou le mal qu’il aura fait, étant dans son corps.

Alors que l’impie ressent dans tout son esprit un jugement sur ses mauvaises actions, les œuvres de l’homme pieux, en revanche, qui le suivent aussi, lui donnent de la joie en esprit.

J’ai pensé à ces choses ces derniers temps. Si tu as quelques remarques à faire à ce sujet, écris-les-moi.

Le fr. Risnes a fort envie de prendre un mois de congé après Noël pour travailler à l’œuvre du Seigneur. Nous verrons bien. Le fr. Th. Ellefsen est attendu ici dans quinze jours. Nous allons à Bergen le 1er décembre, pour que le bateau soit mis en cale sèche, et à Haugsholmen le 5 décembre. Quand nous revenons de Haugsholmen, il nous arrive parfois d’aller à Aalesund pour y prendre du charbon et du ravitaillement. Du 5 au 16 décembre, nous serons stationnés à Aalesund. [L’escale de] Moldøen sera apparemment supprimée.

Merci pour toutes les lettres. Salue ta maison et les amis.

Salutations cordiales de ton frère,

Johan