La paix de Dieu !
Je lis dans la lettre de Aksel que tu viendras du Danemark à Kristiansand. Je suis maintenant au beau milieu de la grande machinerie des régates de la semaine de l’Europe[12]. Mais si mon corps y participe, mes pensées en sont absentes. Elles préfèrent suivre l’esprit et améliorer l’état spirituel. On peut dire que l’état spirituel d’une personne est permanent, et qu’il détermine la force spirituelle de chaque individu. On ne peut adresser à cet état ni exhortations ni reproches, car il est la vie et la force qui ont été gagnées. En revanche, en tant qu’êtres conscients, nous pouvons recevoir des louanges ou des reproches, selon ce qui est produit dans notre chair mortelle : la mort ou la vie.
De la même manière, on ne peut pas non plus attaquer le corps du péché, mais on peut maintenir le vieil homme crucifié, et le corps du péché sera ainsi anéanti. Là où le péché dans le corps peut s’unir entièrement et parfaitement à l’entendement, il en résulte « l’homme de péché » (l’Antéchrist). Mais là où la volonté de Dieu a été accomplie en toutes choses par la foi, Christ est apparu, en qui habite corporellement toute la plénitude de la divinité.
Il est tout à fait nécessaire de souffrir et d’être consolé pour pouvoir consoler. Car une âme qui souffre dans la vérité et dans l’obéissance ne peut jamais être consolée autrement que par la consolation qu’un autre a reçue dans les mêmes conditions. Une doctrine de la consolation est creuse et ne fait que redoubler la douleur et accroître la distance.
Nous ne devons toutefois pas rechercher la consolation à cause de la consolation, mais à cause de notre faiblesse, pour que nous ne succombions pas dans le feu. Car c’est là où il n’y a pas de consolation que Dieu accomplit le travail le plus important. Mais qui a atteint un degré de faiblesse tel que la mort devient une consolation ?
Ce qui est le plus parfait, c’est de supporter la vérité sans grâce ; mais quand la grâce n’est pas donnée en vain, sa consolation conserve la vie en vue de la mort, de sorte que cet « état » de vie puisse se développer et que le corps du péché soit chassé par la vie de Christ. Si ce rapport entre la grâce et la vérité était faussé, l’homme s’endurcirait et le salut ne serait pas parfait. Mais qu’est-ce que la grâce sans la longanimité de Dieu ? Cette longanimité cessera, au jour de la vengeance, pour tous ceux qui ont reçu la grâce en vain. Car là où la grâce a été donnée en vain, la vengeance n’agira pas en vain.
C’est pourquoi, puisse notre course ne pas être vaine, pour que nous ne soyons pas atteints par la vengeance, car la grâce et la vengeance sont toutes deux envoyées par le même Seigneur, et toutes deux atteindront ceux à qui elles sont envoyées.
Travaillons à notre état spirituel à chaque heure et à chaque instant, car c’est lui qui détermine la rémunération de notre vie et la récompense de nos efforts !
La vie à bord est une tribulation pour la chair, mais elle a toujours été une grande source de bénédiction pour moi. Dieu me soutient et dispose les cœurs comme il convient, de sorte que chacun contribue à notre formation spirituelle.
Salue à la maison. Salue Aksel, et reçois mes salutations chaleureuses, dans la communion de l’Esprit.
Ton frère,
JohanAdresse : « Valkyrjen », Horten.
