Horten, le 2 juin 1908
Chers parents,

En ce moment, je suis à bord du « Sleipner » et je n’ai sous la main que ce papier sur lequel Johanne Lovise ou Christian a probablement gribouillé au crayon. Dieu m’aide puissamment de jour en jour. Bien sûr, nous vivons dans le tumulte, mais c’est certainement ce dont j’ai besoin pour être formé comme Dieu le veut. Toutes choses concourent à notre bien. L’argile ne peut pas avoir d’opinions sur la manière dont elle doit être travaillée. Nous devons seulement tout prendre comme venant de Dieu, que ce soit mauvais ou bon, car nous pouvons être certains qu’il fait tout pour que ce soit le meilleur pour nous, même s’il travaille avec nous au-delà des limites de ce que nous pouvons voir et comprendre. C’est justement là qu’il montre sa grande supériorité sur nous, par le fait qu’il travaille avec nous là où nous ne pouvons pas encore comprendre à quoi cela servira. Par là, nous comprenons aussi que nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ (le corps) pour de bonnes œuvres. Nous sommes formés pour ces œuvres, et celui qui fait en premier la bonne œuvre avec nous, c’est Dieu. Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous issus d’un seul (Dieu), c’est pourquoi il n’a pas honte de nous appeler frères. Mais le fait que Dieu rende quelqu’un capable de bonnes œuvres est déjà une bonne œuvre. L’œuvre de Dieu est éprouvée et accomplie quand nous l’exécutons. Toute bonne œuvre est donc préparée d’avance par Dieu lui-même, et nous devons y marcher. Tout ceci a été réalisé d’abord en Christ lui-même. C’est pourquoi tout le corps est d’abord labouré par l’Esprit de Dieu, en Jésus-Christ. De cette manière, le diable a perdu la bataille en tout point dans le corps et a dû céder la place à l’Esprit de Dieu, qui habite maintenant corporellement en Christ. Il est la belle étoile du matin pour le nouveau converti, et la lumière du jour pour celui qui est accompli, et tout en tous pour tous. Il est une planète froide pour celui qui est sous la loi, car il a lui-même vécu sous la loi. Il est une étoile lumineuse pour celui qui est crucifié avec lui, et son éclat va croissant pour celui qui fait des progrès. Tout ceci se trouve dans la même personne. Christ a soumis à sa personne tout ce qui est susceptible de changer, pour tout ramener à ce qui est immuable, là où il n’y a ni changement ni ombre de variation. C’est pourquoi le Médiateur ne l’est pas pour un seul, mais Dieu est unique. Nous qui nous trouvons sur le chemin, nous sommes soumis aux lois de la transformation en Christ, nous sommes transformés en l’image de Christ, de gloire en gloire. Mais celui qui doit être transformé ne peut pas juger celui qui doit le transformer, c’est pourquoi nous devons souffrir patiemment et remettre notre âme à Dieu, en faisant ce qui est bien.

Beaucoup d’ennemis de la croix de Christ se manifestent ces jours-ci, après la dernière effusion de l’Esprit. Si nous voulons partager la joie avec Christ, nous devons aussi veiller à ne pas nous soustraire à la souffrance avec lui. On fait bien de prendre garde à ceux qui ne vivent que de leur baptême de l’Esprit et qui ne veulent pas souffrir avec Christ, car leur fin sera la perdition, et ils ont pour dieu leur ventre. Il ne faut pas prendre pour argent comptant tout ce que de telles personnes servent comme nourriture, car leur parenté la plus proche se trouve près d’elles, dans la fausse liberté. Leur joie donne la nausée et leurs « Alléluia » sonnent faux. Chacun doit bien sûr se faire une opinion personnelle sur ces choses, mais ce que l’on voit, on doit l’annoncer.

La petite Johanne ne comprend pas très bien ce qui se passe en ce qui me concerne, car je suis à la maison pendant un temps et puis je suis à nouveau parti. Elle a dit à sa mère : il est fou, papa. Elle m’a dit la même chose : tu es fou, toi, papa ! Elle m’aime beaucoup et me saute au cou dès que je reviens faire un tour à terre. Kristian est habile et raisonnable comme peu d’enfants le sont, mais il est encore constipé. Rakel nous fait des sourires et des risettes. Berg fait la ligne de l’Angleterre comme second sur un bateau de la marine marchande, l’« Union ». Ellefsen est en permission et a un poste de dessinateur près de Mjøsen. Les réunions suivent leur cours régulier. Dieu utilise un matelot de la Marine (un homme marié) pour diriger les réunions. Il a reçu de Dieu une sagesse particulièrement grande, si bien qu’il m’étonne très souvent. Ni l’un ni l’autre ne peut se mesurer à lui en intelligence. Il est cependant encore jeune sur le chemin (1 année).

Salutations cordiales de votre fils et frère, avec Nb. 31, 23.

Bien à vous,

Johan