Horten, le 11 mai 1907
Cher frère, Aksel,

Merci beaucoup pour ta très bonne lettre, avec le petit mot que Helga a ajouté sur la même lettre. Les nouvelles que tu nous envoies de Kristiansand sont toujours pour nous comme une brise rafraîchissante. Moi-même et nous tous, nous nous sommes réjouis d’entendre que vous allez bien et que vous avez fait salle pleine à « L’Association des ouvriers ». Alléluia ! le Seigneur reconnaît le travail de ses serviteurs. Erik Andersen vient ici mardi et mercredi prochains, et nous avons loué « Béthel » à cette occasion. Nous vivons très tranquilles et isolés ici à Horten. Aucun de ceux qui voyagent (prédicateurs itinérants) ne nous connaît, si ce n’est Erik Andersen. Plusieurs qui vivaient auparavant une vie chrétienne enténébrée ont maintenant de l’allant et ont commencé à se réjouir. Une femme nous a demandé de prier avec elle à la dernière réunion, elle avait l’air tout à fait en bonne santé ; mais ma belle-mère dit qu’elle rayonnait tellement de joie qu’elle ne l’avait jamais vue dans cet état auparavant.

Il y a pas mal de choses dont j’aurais bien envie de m’entretenir oralement avec toi de façon plus détaillée ; mais que je préfère ne pas écrire pour qu’elles ne soient pas une occasion de chute à un degré ou un autre. Cela ne veut pas dire que tu serais choqué, mais Jean avait raison quand il a dit qu’il ne voulait pas en écrire plus avec la plume et l’encre, mais qu’il espérait pouvoir bientôt s’entretenir de vive voix avec eux. Car il peut y avoir des choses à apprendre dans ce qui se passe dans le groupe de frères, et ce sont des choses au sujet desquelles j’estime qu’il n’est pas facile d’écrire.

Dieu est bon. Il nous a réconciliés avec lui-même, par la mort de son Fils bien-aimé, en le ressuscitant des morts pour notre justification. Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu. On ressent la justification avant d’avoir véritablement commencé à vivre une vie juste. Mais quand on commence à vivre une vie juste, on a pour fruit la sanctification. L’Esprit convainc en ce qui concerne le péché, la justice et le jugement – il ne convainc pas de sainteté. Mais malgré cela, Christ a été fait pour nous sagesse, justice, sanctification et rédemption. La sanctification s’obtient donc en marchant selon l’Esprit. Sans la sainteté, nul ne verra Dieu. Un grand nombre de ceux qui apprennent à connaître la justice de Christ ne sont jamais sanctifiés. L’Esprit convainc premièrement en ce qui concerne le péché, parce qu’on ne croit pas en Lui (on est donc incrédule). Puis il nous convainc en ce qui concerne la justice (nous croyons alors et sommes ressuscités avec lui), parce qu’il va à son Père. Ensuite, il convainc en ce qui concerne le jugement, parce que le prince de ce monde est jugé (c’est la sanctification). C’est la conviction de péché qui condamne l’impie. C’est la conviction de justice qui amène le croyant à se réjouir. C’est la conviction de jugement qui amène l’âme qui se sanctifie à avoir part aux souffrances de Christ. Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il se charge chaque jour de sa croix et qu’il me suive. On peut être justifié sans être son disciple, mais on ne peut pas être sanctifié sans être son disciple. La justification est exclusivement un travail de Christ en nous, sans rapport avec notre conduite. La sanctification est une œuvre où la personne elle-même donne sa vie par l’Esprit. Tout est bien sûr l’œuvre de Christ, mais nous appartenons à Christ, c’est pourquoi on peut faire la différence entre ce à quoi on participe et ce à quoi on ne participe pas. C’est un vrai plaisir pour moi de t’écrire au sujet des mystères de Christ, car je sais que tu comprends ce que je t’écris. C’est une joie pour le cœur d’être à la disposition de Dieu et de recevoir ses instructions dans son saint conseil. Heureux quiconque reçoit ses instructions ! Il veut faire de nous des colonnes dans le temple de Dieu, dans le temple qui est composé de pierres vivantes, où Christ est la pierre principale de l’angle et les apôtres les pierres du fondement. Quand chaque pierre vivante (chaque personne) grandit, alors le temple tout entier grandit. Nous sommes édifiés les uns avec les autres pour former une habitation de Dieu en Esprit. Alléluia !

Je te remercie beaucoup pour l’invitation à la Pentecôte, mais je ne peux pas l’accepter, bien que j’aie un profond désir de vous voir tous. Le « Sleipner » est à l’ancre dans le port, et je suis chargé de contrôler ce qui concerne l’artillerie ; et par ailleurs, le chef de corps sait que j’étais à Kristiansand à Noël, et cela peut sembler déplacé de demander fréquemment des permissions. Je ferai donc preuve de modération à cause de ceux qui ne comprennent pas ces choses-là.

Le tract que tu m’as envoyé était remarquable. Il est rare de voir de telles vérités imprimées – en dehors de la Bible. L’auteur exclut cependant un peu trop notre propre personnalité. Il est écrit : mais si par l’Esprit, « vous » faites mourir les actions du corps, « vous » vivrez. Il faut tenir compte de la personnalité. Si « quelqu’un » veut être mon disciple, il doit porter « sa » croix, etc. Qu’est-ce que le salut si la personne est exclue ? Que Dieu est sauvé, que Christ est sauvé, que l’Esprit est sauvé (je dis cela pour faciliter la compréhension), cela nous le savons, mais « nous » devons être sauvés – « je » dois être sauvé. Mais quand on a peur du pronom « je », cela vient de ce que le « moi » dans la chair a été la cause de beaucoup de scandales. Maintenant, en revanche, ce n’est pas ce « moi » qui vit, mais pourtant « je » vis, et c’est ce dernier « je » que l’on ne doit pas faire mourir, sinon je pose zéro et je retiens zéro, et la somme est nulle. Notre joie réside justement dans le fait que nous avons reçu un « moi » juste, un « moi » qui ne mourra pas. Celui qui perd sa vie, le « moi », trouve la vie, le « moi ». Cela est tout à fait clair.

Salue à la maison. Salue Ludvig. Je l’ai vu très clairement en esprit un soir que je priais pour lui. Par ailleurs, salutations en Christ à tous les amis.

Sois salué de tout cœur par ton frère

Johan
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P.S.

Nous avons commencé à écrire conformément aux nouvelles règles de l’orthographe au bureau du corps, et d’ici au 1er janvier 1908, elles devront être introduites dans tous les bureaux officiels. C’est pourquoi je dois m’exercer partout à cela.

Un communiqué de l’amiral commandant est arrivé, disant que le « Sleipner » ne prendra pas la mer avant la mi-juillet de cette année. Les aspirants embarqueront au début de l’été sur le patrouilleur « H. Haarfagre ».