Horten, le 4-04-1907
Chers parents et frères et sœurs,

J’ai bien reçu votre lettre et je vous en remercie. Jeudi saint et vendredi saint, Ellefsen et sa famille étaient avec moi à Christiania. Nous avions envie de juger par nous-mêmes de visu, dans l’affaire qui occupe tellement les conversations et les journaux. Le fr. Barratt[22] est un homme plein d’Esprit et de vie, et avec une portion non négligeable de sagesse. Je crois qu’il a reçu un esprit de sagesse et de révélation dans la connaissance de Dieu ; il avait beaucoup de force. Le fr. Erik est un vrai maître dans l’art de repousser les assauts ; il a appris l’art important d’utiliser l’épée. La plupart des gens ont tellement peur de l’épée, ils s’imaginent avoir plus d’amour quand ils se laissent lier et fouler aux pieds par leurs ennemis, quand ils se laissent frapper au visage et tromper par les enseignements de tous les diables – on prétend que cela est de l’amour – dans ce cas, ça doit être de l’amour pour soi-même, pour le diable et pour le monde. Tout s’est bien passé. Barratt et Erik sont les bonnes personnes pour diriger. Erik a déjà mené quelques batailles avec la puissance de Dieu par le passé. Si un insensé hurle quelque chose, les ennemis de Dieu – à qui il manque beaucoup d’intelligence – se précipitent partout pour le rapporter par leurs bavardages. Quand il y a plusieurs centaines de personnes, de telles choses peuvent certainement se passer. Imagine-toi que la parole soit libre dans toutes les Églises d’État ; je peux m’imaginer qu’on entendrait bien des bêtises ; mais la discipline y est plus sévère qu’à Gimlemoen[23] – pas étonnant dans ces conditions que les gens y sont au « garde à vous » et osent à peine respirer.

Le parler en langues est et a été comme du sel tiré par un canon de 27 cm en plein dans la foule. Tous les ventriloques du monde depuis l’époque d’Adam n’ont pas à eux tous réussi à exciter autant la presse que le fr. Barratt quand il a parlé en langues à Christiania. C’est pour ça que le parler en langues est un moyen précieux – pas étonnant que le diable enrage, il comprend bien que c’est une arme dangereuse contre lui et son œuvre. Dieu m’a donné les dons de chasser les esprits ; quand les adversaires font bloc et qu’on en perd presque la respiration, Dieu m’a donné la grâce de les chasser au nom de Jésus-Christ, pour assainir l’air et pour que l’on puisse respirer librement. Pourquoi le diable empêcherait-il l’œuvre de Dieu ? Christ n’a-t-il pas triomphé des puissances et des dominations ? Après que l’esprit d’incrédulité a été chassé de la pièce, j’ai remarqué qu’il peut rester incrusté dans certaines personnes. Il y a donc une différence entre le fait de chasser les mauvais esprits d’une pièce et de son atmosphère, et celui de les chasser de personnes [en qui ils habitent]. Mais Dieu veut m’expliquer plus de choses à ce sujet.

Hier soir, un membre de la Marine a demandé que l’on chasse de lui l’esprit d’incrédulité ; Dieu m’a tout de suite mis à cœur d’ordonner au mauvais esprit de quitter cet homme. Ce soir-là, il s’est senti très bien. Le fr. Ellefsen est lui aussi parfois assailli par un esprit d’incrédulité, qui le poursuit depuis plusieurs années – depuis l’époque où il était sur le point de devenir libre penseur. À d’autres moments, Ellefsen peut annoncer la Parole avec beaucoup de force. Le fr. Berg a beaucoup prié pour recevoir le don de parler en langues ; l’autre soir, il a aussi parlé un peu en langues, mais plus tard il n’a pas réussi à recommencer. Dans l’association paroissiale luthérienne, ils ont pris beaucoup de peine pour maîtriser et anéantir le don de parler en langues chez une jeune fille de 17 ou 18 ans ; j’ai entendu qu’ils étaient parvenus au point où elle a fini par leur demander qu’ils prient pour elle, pour qu’elle ne parle pas en langues. Mais hier, elle assistait à une de nos réunions privées et elle a très bien parlé en langues ; ceux qui se sont efforcés de l’asperger d’eau pour éteindre le feu se sont donc donné de la peine en vain, et le point culminant de leur triomphe a été la flaque d’eau.

Il y a aussi le tremblement que ces statues blanchies de chaux ont du mal à digérer. Dieu m’a fait la grâce hier de parler un peu du tremblement à une réunion. Dans Jn. 11, 33, nous voyons que Jésus frémit. Dans Da. 10, 10, nous voyons que Daniel fut mis tout tremblant sur ses genoux et les paumes de ses mains. Si quelques-uns avaient vu Jésus trembler, ils se seraient certainement joints à Pilate, Hérode et Caïphe pour s’en offusquer. Mais la génération actuelle dit que si nous avions vécu au temps de nos pères, nous n’aurions pas assassiné Christ ; et pourtant, à leurs yeux les disciples de Christ de notre époque sont possédés par le diable et sont fous.

Les manifestations de l’Esprit sont diverses et variées ; il suscite l’épée, la sagesse, la connaissance, la patience, l’émotion, la foi, la force, etc. Il est nécessaire de connaître les différentes manifestations de l’Esprit, sinon on voit les choses de manière unilatérale et on se méprend sur d’autres manifestations de l’Esprit que celles auxquelles on est habitué.

Tu parles de diriger. Vous êtes remarquablement dirigés. Demeurez seulement en Christ et soyez durs comme le diamant contre toute chair, même si elle se manifeste sous votre propre toit. Ce n’est pas parce que les gens crient que Satan doit avoir raison. Laissez-les juste crier et hurler – ne cédez pas un pouce sur la vérité. Pour diriger, il faut posséder une portion suffisante de dureté, de fermeté, d’amour, de consécration et de courage. Soit on dirige, soit on se laisse diriger – c’est l’un ou l’autre. On ne peut pas rester neutre sur ce point. Mais celui qui a vraiment reçu l’onction de l’Esprit ne va pas se laisser diriger par quelqu’un dont le cœur est rempli du monde. Dieu établit des forces parmi ceux qui sont baptisés de l’Esprit pour diriger et conduire le troupeau, et il faut obéir à de tels conducteurs, sinon on s’oppose aux Écritures. Il n’y a pas un seul groupe de personnes baptisées du Saint-Esprit dans lequel Dieu n’ait pas établi un ou plusieurs dirigeants. Ce n’est pas difficile de trouver le dirigeant, à condition d’y prêter attention. Le dirigeant, c’est celui qui peut en Esprit et vérité aider le groupe quand il y a une situation difficile, qui peut frapper le loup et défendre le troupeau de ses ennemis extérieurs et intérieurs, qui sait donner une saine nourriture et une saine doctrine. Celui en qui le groupe a confiance – c’est le dirigeant. Celui qui s’oppose au dirigeant s’oppose à Christ. Si le dirigeant dévie, le groupe tout entier dévie habituellement (voir les anges des églises [d’Asie mineure]). L’ange de l’église est dans la main droite du Maître, c’est par lui qu’il dirige. Même si presque tout le monde dit non, c’est quand même comme ça. C’est une tout autre chose si quelqu’un veut se faire appeler conducteur ; un tel homme est charnel, il est sous l’emprise du jugement et ne peut pas demeurer un dirigeant ; car s’il n’arrive pas à se conduire lui-même pour éviter d’être charnel, il saura d’autant moins conduire d’autres personnes.

Christian est grand et fort et se porte bien, malgré tous les avis qui prétendent le contraire. Même si le garçon a été un peu malade à cause de ses dents, cela ne veut pas dire qu’il est « chétif ». Il peut certainement tenir son rang face à la plupart des enfants de son âge, que ce soit en intelligence ou en force.

J’ai reçu la lettre de Aksel aujourd’hui, saluez-le de ma part. Saluez tout le monde à la maison ; il est grand temps de mettre un terme à toutes les relations avec le monde. Si on recherche ce qui est grand, cela se trouve en Christ, car tous les trésors de la terre lui appartiennent ; mais il a prouvé sa grandeur en ayant la force de renoncer à toute la grandeur du monde, pour prouver que la grandeur éternelle qu’il a gagnée de cette manière est tellement plus grande.

Votre fils et frère

Johan

Le commandant Kielland a invité chez lui un matelot qui est l’un de ses amis pour le questionner sur le parler en langues. Ce matelot aurait apparemment reçu l’Esprit de sagesse et de révélation, et parle en langues. Il avait réussi à entraîner Kielland assez loin. Kielland lui a dit qu’il fut un temps où il avait une bonne relation avec Dieu.

Dans le local de service de l’artillerie, ils lisent leurs Bibles pendant le petit-déjeuner.