Horten, le 7-08-1906
Cher frère, Aksel,

Merci pour le livre, la carte postale et la lettre. La lecture du livre était un peu fastidieuse, car son auteur commence par s’étendre dans des explications détaillées. Ce n’est qu’à la fin du livre qu’il s’affranchit de son raisonnement humain, et qu’il s’abandonne plus à l’Esprit. Le livre devient alors un peu meilleur. Je t’ai envoyé le livre intitulé « Le baptême de l’Esprit ». C’est un bon livre qui explique clairement la doctrine qui mène à la piété. Je ne sais pas dans quelle mesure tu es intéressé par la doctrine qui mène à la piété. Peut-être te contentes-tu de ce qui est commun, de manière à pouvoir « garder la face » quant à la chair, sans devoir y renoncer à cause de la piété ? Sache que j’ai aussi mené pour toi le combat qui est décrit en Col. 2, 1-5. Lis ce passage en y réfléchissant. Il est nécessaire d’oublier ce qui est en arrière et de se porter vers ce qui est en avant. Il est nécessaire de regarder toute chose comme une perte à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ, lui qui a accompli une œuvre dans laquelle les anges aimeraient plonger les regards. Non seulement, nous pouvons plonger nos regards dans cette œuvre, mais nous pouvons y entrer, car nous qui vivons, nous sommes sans cesse livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre chair mortelle. La loi n’a rien amené à la perfection. Son but était de dévoiler le péché. Or, nous avons été rachetés de la malédiction de la loi par le sacrifice unique du corps de Jésus. Car chose impossible à la loi, parce que la chair la rendait sans force, Dieu a condamné le péché dans la chair, en envoyant, à cause du péché, son propre Fils dans une chair semblable à celle du péché. La loi condamnait le péché en dehors du corps, mais l’Esprit condamne le péché dans le corps. L’Esprit convainc de jugement, car le prince de ce monde est jugé. Le jugement frappe ce monde, et le prince de ce monde sera jeté dehors, et Dieu écrasera bientôt Satan sous nos pieds, car le moment est venu où le jugement commence par la maison de Dieu, or nous sommes la maison de Dieu. Le jugement commence par nous, et si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas condamnés avec le monde. Il ne suffit donc pas de s’être dépouillé des œuvres pécheresses que la loi condamne. Certainement pas ! Le jugement doit aussi s’exercer dans notre vie intérieure, car nous avons un accès à la route nouvelle et vivante qui traverse le voile, c’est-à-dire sa chair. C’est au travers de sa chair que nous contemplons la loi parfaite de la liberté, car ce qui autrefois projetait l’ombre a maintenant été déchiré, et la lumière brille désormais librement au travers de cette ouverture. C’est pourquoi il est écrit que nos corps sont le temple du Saint-Esprit, que nos corps sont les membres de Christ, dont l’anéantissement se fait par la mort de Christ. C’est pourquoi il est dit : ce que tu sèmes ne reprend point vie, s’il ne meurt. C’est pourquoi Jésus est venu pour faire mourir le corps du péché dont nous sommes membres, et pour ressusciter le corps de gloire dont nous sommes membres selon l’homme intérieur. Personne n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, Jésus-Christ qui est dans le ciel. Or, cette ascension et cette descente ne sont pas achevées, car le médiateur n’est pas médiateur d’un seul, tandis que Dieu est un seul. C’est pourquoi nous pouvons porter la mort de Christ de nos jours, 1900 ans après sa mort ; car le péché que je porte dans mon corps aujourd’hui, est réellement mort il y a 1900 ans, mais comme je n’existais pas il y a 1900 ans, ma vie est « reculée » de 1900 ans, ou si tu veux, la mort de Christ est avancée de 1900 ans. De la même manière que l’Esprit de Christ qui était dans les prophètes attestait d’avance les souffrances et la mort de Christ, il atteste après coup les souffrances et la mort de Christ. C’est pourquoi il est dit que lorsque le consolateur sera venu, il vous rappellera tout ce que je vous ai annoncé. Mon souhait est que nous puissions être de plus en plus enrichis d’une pleine intelligence, car les mystères de Christ nous sont révélés dans l’Esprit qui sonde même les profondeurs de Dieu. Et parmi les profondeurs de Dieu se trouve l’œuvre de Christ dans laquelle les anges souhaitaient plonger les regards. Or l’Esprit de Christ renferme toute la plénitude et l’achèvement de cette œuvre, et nous avons l’Esprit de Christ dont nous recherchons la plénitude.

(Il manque la suite de la lettre)