J’ai reçu le livre que Aksel a envoyé. Saluez-le et dites-lui un grand merci pour le livre. En envoyant ce livre, son intention était bonne et je mets cette bonté à son crédit ; mais le livre lui-même a été pénible à lire. Seule la dernière partie du livre était un peu mieux. L’auteur s’est donné beaucoup de mal et a investi beaucoup de travail dans ce livre, mais ce n’est que du raisonnement humain, qui est censé donner des explications « sur la vie ». C’est autre chose d’annoncer « la vie ». Comme c’est stupide et pénible et desséchant pour l’esprit de lire tous les points qu’il a indiqués. Mon esprit est comme dévoré par la faim qui le tenaille. C’est rare de trouver un bon livre.
Le faux esprit libre est énormément répandu de nos jours. Un homme dans la soixantaine est resté hier longtemps au 1er étage et il a prêché avec apparemment beaucoup de connaissance et d’intelligence, mais sa doctrine ne menait pas à la piété et, de ce fait, ce n’était pas la doctrine de Christ. Je l’ai écouté avec beaucoup d’intérêt pour pouvoir mieux comprendre cette fumisterie, mais je n’ai pas pu m’empêcher de le contredire. Tu n’as sans doute jamais entendu un homme aussi fort que lui pour exposer les choses. Il connaissait par cœur une grande quantité de passages de l’Écriture, et il prétendait avoir lu et médité avec zèle pendant de nombreuses années avant d’arriver aux résultats auxquels il est parvenu. Je lui ai parlé de la communion des souffrances de Christ, mais il a évité sagement ce sujet, car cela hérisse tous les ennemis de la croix de Christ.
Il prétendait avoir une plus grande lumière que les apôtres.
J’ai parlé tout récemment avec Oskar Kristiansen, qui allait bien, dans le temps, mais il est maintenant ballotté à tout vent. Ces gens-là sont deux fois morts et déracinés. Il est dangereux d’être déraciné. On perd complètement pied et on perd de vue toute loi, et on est comme un astre errant auquel l’obscurité des ténèbres est réservée pour l’éternité. On navigue au hasard, sans loi. On a été affranchi du péché et on a aussi été affranchi de la loi et on a éteint l’Esprit, si bien qu’on est aussi affranchi de la loi de l’Esprit. On est devenu la proie d’un faux esprit libre. On était d’abord mort dans les péchés et les transgressions, et maintenant, on est mort parce qu’on a éteint l’Esprit. On est donc deux fois mort et déraciné. Le monde n’est pas déraciné, car l’Esprit le convainc de péché, de justice et de jugement, mais ces gens-là sont affranchis de tout ce qui convainc, et ils sont par conséquent déracinés. L’homme que j’ai entendu hier a dit qu’il n’y avait pas de loi dans le monde et, de ce fait, pas non plus de péché, point sur lequel je l’ai contredit avec la plus grande énergie ; mais il manquait trop de force pour comprendre ce qu’est la force. Il avait en revanche des quantités de paroles. Le diable est bon et le péché est bon, disait-il. Là aussi, je l’ai contredit. Mais en réalité, c’est à quelques femmes qu’il s’adressait, si bien qu’il ne se souciait pas de moi. Les apôtres ont dit des mensonges à plusieurs endroits, disait-il, et le monde a fait de tels progrès, selon lui, qu’on peut maintenant comprendre ce qui les a fait trébucher. Je lui ai expliqué que Dieu est le même hier et aujourd’hui, et même éternellement, et que c’est une révélation venue de Lui que les apôtres avaient, tout comme nous, de sorte que l’intervalle entre les époques n’a aucune importance. Il avait publié un livre que Pauline a acheté. Seul celui qui connaît la justification en Christ a connaissance des faux esprits libres.
Il y a aussi la lutte contre les maîtres du monde. Ce combat devient de pire en pire. Il est tout à fait impossible de dévier d’un cheveu, toutes mes entrailles témoignent contre eux. J’ai demandé à Dieu que personne ne puisse dominer mon esprit, qu’il me fasse vaincre en toutes choses. Aujourd’hui, j’ai été seul dans le bureau de la compagnie et j’ai eu beaucoup à faire, le sergent de compagnie est en congé pour plusieurs jours. Je sentais une lutte furieuse contre le chef de corps. Il a un esprit humain raide et un esprit qui cherche à opprimer, mais Dieu m’a donné la force de lui résister et de ne pas dévier d’un cheveu en me soumettant – j’ai simplement rempli mon service. Cette victoire répétée sur ces tyrans est une grande joie pour moi, et Dieu soit loué qui nous donne toujours la victoire par Jésus-Christ. Il est impossible d’expliquer ce combat et cette victoire, mais Dieu me met entre les mains des pires hommes que nous ayons dans la Marine pour que je sois formé. Au début, je tremble pour de bon, mais une fois que le combat est engagé, je deviens très calme et tranquille, et même si le diable rugit, ils ne peuvent rien faire. Le capitaine de vaisseau Kielland lui-même n’a pas envie de parler avec moi maintenant. Il laisse simplement entendre qu’il ne souhaite pas aller plus loin en quoi que ce soit et qu’il faut se limiter aux questions superficielles liées au service. Je me sens ainsi comme une épave abandonnée, mais malgré cela, personne ne peut ébranler ce que Dieu m’a donné. Dieu sait lui-même à quoi tout cela doit servir, et mon esprit a surtout envie d’écraser et de dévorer et d’anéantir l’esprit qui les anime. C’est pour cela qu’il y a un combat. Personne ne comprend cela quand je parle de mon combat, ils trouvent simplement que c’est une chose bizarre.
Je pense souvent à Aksel. Il doit avoir un grand combat à mener. C’est inévitable. Que Dieu lui donne la victoire dans ce combat. Il faut passer par un traitement exigeant quand on est pris directement du monde et qu’on doit être formé pour être un vase d’honneur. Dieu m’a brisé et broyé si fortement que j’ai une expérience non négligeable dans ce domaine. Il m’a écrasé entre deux meules. Il m’a tué avec sa force, il ne m’a pas épargné, si bien que les douleurs intérieures que j’ai eues m’ont amené à m’abstenir du péché. Celui qui a souffert dans la chair en a fini avec le péché. Mais ce qu’il y a de plus curieux, c’est que la force avec laquelle il m’a brisé est restée en moi comme ma propriété. Y a-t-il quelqu’un pour comprendre un traitement aussi étonnant ? Ta dernière lettre était bonne. Que Dieu donne que tu croisses en zèle et en sagesse, car notre Dieu est un Dieu zélé.
Je m’arrête là pour cette fois avec une salutation en Christ.
J’aurais envie de parler avec Aksel, peut-être que Dieu me donnerait des paroles à lui dire qui pourraient le débarrasser de la nervosité et placer son entendement dans la loi de la liberté, pour que l’allégresse puisse chasser le surmenage et que le repos et la confiance guérissent les plaies. C’est là mon ministère en Christ, je n’ai pas choisi cette activité moi-même, mais c’est celui qui est monté et qui a fait des dons aux hommes qui me l’a donnée. Mon activité n’est pas de prêcher l’Évangile, mais uniquement ce que Dieu donne.
Bien à vous,
Johan