(Manuscrit original non disponible)
Merci beaucoup pour tes lettres et pour la photographie. Je t’avais déjà écrit, j’ai mis un timbre sur la lettre, mais je ne l’ai pas envoyée. Cela m’arrive d’ailleurs souvent. Je travaille en ce moment dans le jardin pour arracher des souches. Christian grandit et devient un véritable lion, car il observe toutes sortes de choses et il est extrêmement éveillé. La petite ne dit pas encore grand-chose, mais elle est gentille.
J’espère que tu es encore zélé et que tu progresses en sagesse et en connaissance. Quant à moi, beaucoup de devins ont prédit que je me briserais bientôt les cornes, que je me fatiguerais rapidement, que mon zèle diminuerait bientôt, etc., et ce qu’ils veulent dire, c’est sans doute que le diable remportera bientôt la victoire et que le sommeil prendra le dessus. C’est ce qu’ont prédit à mon sujet ceux qui se disent chrétiens, mais gloire et honneur à Dieu : le zèle est toujours aussi grand, voire plus grand, mes coups de « cornes » sont toujours aussi redoutables, et ma force n’a jamais été aussi grande. Ces devins ont donc fait des prédictions mensongères. Le royaume de Dieu consiste en puissance, cher Aksel. Il y a de grandes forces en Dieu. Les portes d’airain ne servent à rien, les murailles de fer sont trop faibles, car rien de ce qui a été créé ne peut résister devant celui qui l’a créé. Dieu est un héros contre ses ennemis, et la peur qu’il inspire fait pâlir les pécheurs. J’espère que tu t’abandonnes entièrement à Dieu pour ne pas devenir un clochard et un vagabond religieux, pour lequel les ténèbres et la nuit sont réservées pour l’éternité. Réveille-toi comme il se doit, et ne dors pas comme le font ceux qui ne connaissent rien de Dieu et qui prétendent pourtant savoir quelque chose. Ne t’imagine jamais qu’il soit possible de plaire à la fois à Dieu et aux hommes. Dieu résiste à une telle fumisterie. Mais c’est du sein de la poussière qu’il nous appelle en son Fils. On ne peut pas jeter de la poudre aux yeux de Dieu. Un masque religieux est une abomination pour lui. Il hait la tiédeur, car il brûle lui-même de zèle. Si nous avons fait tout ce que nous devions faire, nous n’avons été que des serviteurs inutiles. Si nous reconnaissons parfaitement que nous ne réussissons en rien, alors nous devenons capables de réussir en tout. Nous sommes des vases tirés de la poussière dans lesquels Dieu produit le vouloir et le faire, et la plupart du temps, il produit en nous des paroles telles que les autres pensent que nous sommes fous et possédés par le diable. Mais en réalité, si les gens prennent celui qui parle ainsi pour un possédé et un fou, c’est parce que le diable et la folie sont démasqués avec une telle clarté. Mais quand on se convertit, tout cela rentre dans l’ordre.
Mon souhait, c’est que tu t’efforces sérieusement d’entrer par la porte étroite, et que tu ne deviennes pas bête au point de te mettre à agir comme si tu étais affranchi avant que la loi ne t’ait conduit à Christ. Il y en a maintenant beaucoup qui vivent ainsi. Un profond anéantissement précède tout ce qui est glorieux. Tu dois obéir à l’Esprit de Dieu en toutes choses, même si cela t’affecte tellement fortement que tu en vois trente-six chandelles, car c’est là le chemin de la vie. Ne va jamais chercher des conseils auprès des gens religieux, car la plupart d’entre eux ont une plus grande expérience de la chair que de l’Esprit. Parle-leur de pommes de terre, de lard et de viande ; sur ces thèmes, ils sont à l’aise et peuvent te répondre, mais si tu vas plus loin que les choses palpables, ils te regardent bouche bée et ne savent que dire. Ne leur demande donc jamais leur avis, mais marche tout droit selon l’Esprit, et tu réussiras. Si alors ça tourne mal, mets-le sur mon compte, car c’est avec beaucoup de peine que Dieu m’a appris à obéir, et c’est ainsi que la puissance de Dieu m’a été accordée dans une mesure telle que je suis sur le point d’éclater sous l’effet des forces qui sont en Dieu, et que je combattrais volontiers des régiments entiers de Philistins. Salue donc tous ceux qui se sentent dignes d’une salutation en Christ.
Ton frère qui repose dans la pierre d’achoppement,
Johan