Merci pour ta bonne lettre, que j’ai reçue hier.
En ce qui concerne la situation ici à Horten et l’affaire dont nous nous sommes entretenus par correspondance, j’ai examiné les choses avec soin dans mon cœur, pour pouvoir, si possible, donner raison à ceux qui estiment avoir été traités injustement.
Dieu m’a donné un entendement tel que le désir de mon cœur est de donner raison à ceux qui ont raison, mais j’ai vu que le jugement de mes adversaires ne concerne pas mes erreurs.
Dans mon zèle pour la vérité, j’ai souvent dépassé les bornes, et mes adversaires se sont alors réjouis et se sont agrippés à ces erreurs. Mais Dieu m’a toujours donné la grâce de les vaincre à nouveau et de les repousser.
Je crains que s’ils venaient à avoir le dessus, ils me traiteraient comme les Philistins ont traité Samson. Mais Dieu ne l’a pas permis, et il ne le permettra pas aussi longtemps que je resterai ferme dans la vérité. Certes, je sais et je reconnais que mes imperfections sont nombreuses, et je sais que dans le feu de l’action il m’arrive de donner des coups dont on ne peut pas dire qu’ils soient toujours réglementaires. Mais il n’est pas du tout dit pour autant que cela doive donner l’occasion à mes adversaires de remporter la victoire, pour me crever ensuite les yeux. Les adversaires de Jésus l’épiaient pour pouvoir le surprendre par ses propres paroles, si possible, et on continue à pratiquer ce genre de surveillance de nos jours aussi. Cependant, c’est l’esprit dans les choses qu’il faut juger, et non les paroles. Si l’esprit a de la fraude, on peut le réfuter, même si les paroles sont correctes. Mais si l’esprit est juste, on ne trouve aucune prise, même si les paroles sont dites complètement de travers.
Je ne me rappelle pas avoir employé le mot « raillerie », mais le fr. Ellefsen l’a employé chez P. Roa. Je suis d’accord avec toi pour dire que P. R. n’aurait pas dû pousser Ellefsen à dépasser les bornes ce matin-là, mais, d’un autre côté, c’était absurde de la part du fr. Ellefsen de s’abandonner ainsi au découragement.
Je crois qu’il y a une liberté parmi ceux qui sont initiés qui ne peut pas être pratiquée parmi ceux qui ne le sont pas. Tu as dit toi-même que tu devais t’imposer une certaine réserve lorsque tu étais avec le fr. Anthony. Tu n’as pas besoin de cette réserve lorsque nous sommes ensemble. Mais plus on est éloigné l’un de l’autre en Esprit, plus on doit faire preuve de réserve, pour ne pas empiéter sur la conscience de l’autre. Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté. J’aime énormément cette liberté et je souhaite que nous la pratiquions entre frères et sœurs. Je comprends cependant de mieux en mieux qu’il faut s’imposer une réserve partout et chercher à deviner du mieux qu’on peut ce qui peut être agréable aux autres. La liberté devient par là de plus en plus réduite, et on devient de nouveau un esclave - non à cause de soi-même, mais à cause des autres.
Le prophète Élie a vraiment ridiculisé les prophètes de Baal. Il leur a demandé de crier plus fort, parce que leur dieu était peut-être en voyage, ou peut-être dormait-il. Toi aussi, tu as pris cela comme point de départ dans ton article dans « Missionæren », quand tu as attaqué ceux qui ont prêché qu’il fallait « sauter » de Ro. 7 à Ro. 8, mais qui n’ont maintenant même pas essayé de défendre ce qu’ils avaient prêché eux-mêmes.
Je ne crois pas que cette « raillerie » du prophète Élie venait du diable ; je crois au contraire qu’elle était tout à fait à sa place. Nous devons donc aussi rechercher les bonnes raisons d’utiliser la « raillerie ».
Quand notre propre conviction et la lumière dévoilent clairement la folie, on a vite fait de recourir à la raillerie.
Je comprends cependant ce que tu veux dire, et je veux à l’avenir veiller plus sur moi-même, car on peut trouver une certaine satisfaction à dévoiler les erreurs des autres, de sorte que la chair elle-même peut y trouver de la nourriture. Quand on dévoile de telles choses, cela doit être accompagné par une souffrance, ce qui aura une influence favorable sur celui que l’on convainc, et cela créera un climat de confiance et de bonne entente. Si on laisse en revanche un tel travail de persuasion déboucher sur une satisfaction charnelle, celui que l’on convainc s’endurcira encore plus, et tout ira mal.
Il faut donc se demander si on peut gagner le cœur de la personne en question ou non, car on doit répondre à l’insensé selon sa folie, afin qu’il ne soit pas sage à ses propres yeux.
L’essentiel reste finalement que si nous aimons Jésus-Christ et que nous aspirons à faire ce qui est bien, tout ira bien pour nous, même si tout est sens dessus dessous.
Reçois les salutations les plus cordiales de ton frère
Johan