En croisière
À « Missionæren »
Les exercices en escadre sont terminés, et nous avons maintenant un mode de fonctionnement plus normal. Nous avons eu beaucoup à faire au cours des exercices de guerre le long de la côte, mais il y a eu – surtout les dimanches – des permissions à terre, et j’ai eu ainsi l’occasion d’assister à des réunions dans plusieurs villes entre Bergen et Horten.
À Arendal, j’ai assisté à plusieurs très bonnes réunions dans la chapelle baptiste, qui était bondée de monde. Nous avons eu de même un moment d’échange béni dans le foyer de Jacob Tollefsen à Bergen, où plusieurs amis étaient réunis.
Pour le reste, j’ai assisté à des réunions et visité des amis à Haugesund, Kristiansand, Lillesand et Risør.
L’impression générale que j’ai retirée de l’ensemble de la situation est que les choses semblent se passer d’une façon plus calme et plus pondérée en ce qui concerne l’utilisation des dons spirituels. Mais il y a sans doute encore beaucoup de gens, malheureusement, qui parlent plus du parler en langues et du baptême que de Jésus-Christ. Il faut être obéissant et se faire baptiser, dit-on, comme si tout allait bien du moment qu’on est baptisé. Je crois au baptême et au parler en langues, mais l’insistance sur ce seul point témoigne que cela vient de la chair. L’esprit de sagesse est souple, libre, agile ; il n’importune pas sans cesse en parlant de baptême et de parler en langues. Si nous voulons nous examiner nous-mêmes, nous trouverons certainement que Dieu exige de nous davantage que le baptême. Ou à quoi sert le baptême si on ne marche pas en nouveauté de vie ? Le jeûne a aussi été instauré par Dieu, mais il a été profané à un point tel que Dieu a été obligé de dire : Vos jeûnes sont une abomination à mes yeux. Je crois – bien que j’aie moi-même été baptisé à l’âge adulte – qu’une très grande partie de l’agitation qui entoure le baptême et sa pratique est une abomination aussi grande aux yeux de Dieu que le jeûne des Juifs impies.
Et puis il y a ceux qui parlent du « signe du baptême du Saint-Esprit » (c’est-à-dire le parler en langues) d’une manière tellement profane qu’on ne peut pas faire autrement que d’être dégoûté dans son for intérieur. Je ne crois d’ailleurs pas le moins du monde que le don du parler en langues soit davantage le signe du baptême du Saint-Esprit que l’interprétation, la prophétie, la foi et d’autres choses que Dieu donne à ses élus.
Le signe qui montre que nous avons reçu le Saint-Esprit et que nous obéissons à cet Esprit est que nous nous aimons les uns les autres, car l’amour pour Dieu consiste à garder ses commandements, et le travail de l’Esprit pousse à garder ses commandements.
Il est grand temps maintenant d’arrêter tous ces bavardages concernant le baptême et le parler en langues. Parlons plutôt à partir de maintenant d’obéir à l’Esprit et efforçons-nous de nous laisser conduire par lui, et je pense que nous ne serons pas préoccupés par le « signe » auquel on reconnaît si nous avons l’Esprit de Dieu ou non.
Mais ce qui se passe dans le monde se passe aussi parmi les croyants. Ce sont les journaux qui dirigent. Il y est question du parler en langues et encore du parler en langues, si bien que pour finir on croit que tout est parler en langues, et que pour le reste, il n’y a qu’à laisser les choses suivre leur cours.
De tels conducteurs égarent le peuple, car ils ne peuvent pas donner aux hommes une nourriture saine par laquelle ils pourraient croître.
On peut aller à peu près partout où on veut et le levain cité ci-dessus y a pénétré. Qui est responsable de toute cette ignorance ? Il faut bien que quelqu’un porte cette responsabilité. Si l’on parle de souffrir avec Christ et de connaître la communion de ses souffrances, la surprise est à son comble car on n’a jamais entendu parler d’autre chose que de partager uniquement la joie avec Christ. Si quelqu’un vient et explique qu’on ne doit pas seulement partager la joie, mais aussi la souffrance et l’ignominie avec Christ, il n’est tout simplement même pas compris. La plupart, dit Paul, sont ennemis de la croix de Christ et on peut être sûr que c’est la même chose en 1910. Cela ne va pas aussi bien que ce que les journaux disent. Au contraire, on a besoin de recevoir une solide formation. On a besoin d’être enseigné par le Saint-Esprit, l’Esprit qui doit nous conduire dans toute la vérité. Mais on garde cela soigneusement pour soi. C’est sans doute le fait qu’on est ennemi de la croix qui en est la cause. En revanche, il est extrêmement facile de bombarder les gens avec le baptême et le parler en langues.
Tenons compte du fait que le temps nous échappe si nous ne l’utilisons pas. Il y a davantage à obtenir en Christ, car en lui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science. Il faut que nous croissions pour arriver à plus de maturité et que nous apprenions à distinguer ce qui est pur de ce qui est impur, ce qui est saint de ce qui est profane. Et c’est seulement à partir du moment où nous faisons cela que nous honorons Dieu. Cela n’honore pas Dieu d’avoir toute une quantité d’enfants qui prêchent uniformément et à longueur d’années des choses qu’ils ne comprennent pas eux-mêmes.
Patrouilleur « Norge », Horten, le 13-9-1910
