Horten, le 25 août 1905
Cher frère, Aksel.

J’ai reçu aujourd’hui ta lettre, qui m’a fait beaucoup plaisir. Je l’ai lue plusieurs fois, et il en ressort que tu aspires à plus d’intelligence et de révélation dans la connaissance de Dieu. Tu as le sentiment qu’il y a plus à obtenir en Jésus-Christ. Les apôtres appartenaient à Dieu avant la Pentecôte, mais ils n’avaient pas en eux la plénitude de l’Esprit de Dieu comme ils l’ont eue après. Tu en es maintenant au point où tu dis toi-même que tu te sens très bête. Si tu te sens bête, c’est qu’il te manque de la sagesse. Jacques dit à de telles personnes (ch. 1 v. 5) : Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée. Jésus n’avait pas ce sentiment, car il dit que la reine du Midi s’étonnait de la sagesse de Salomon, et voici, il y a ici plus que Salomon. Élihu n’avait pas ce sentiment non plus, car il dit à Job (Job 36, 4) : Car, en vérité, mes propos ne sont pas des tromperies, c’est un homme intègre dans ses connaissances qui est avec toi ! Il est néanmoins réjouissant que tu comprennes qu’il te manque de la sagesse, car la plupart sont sages dans leur ignorance. Lis Ap. 3, 17 : Parce que tu dis : Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien, et parce que tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu. C’est pourquoi il est bon de savoir qu’on manque de sagesse, car seul celui qui sait qu’il lui manque quelque chose peut en vérité le demander dans ses prières. La parole de Dieu est vivante. Mais maintenant, tu sais aussi que Dieu donne volontiers, et qu’il ne fait pas de reproches. C’est là une issue magnifique pour sortir de la bêtise dont tu parlais.

Pour ma part, j’ai eu la paix avec Dieu le 17 mai 1898. J’étais très heureux, mais je ne savais pas qu’il me manquait l’Esprit-Saint qui avait été promis. Il n’était encore pas descendu sur moi. Lis Ac. 8, 15–17. C’est seulement deux ans et demi plus tard que j’ai reçu l’Esprit. C’est seulement alors que les Écritures sont devenues vivantes pour moi, de sorte qu’il m’est arrivé ce qui arriva aux deux disciples d’Emmaüs : mon cœur brûlait au-dedans de moi lorsque l’Esprit de Dieu m’expliquait les Écritures.

Tu peux voir dans Ép. 1, à partir du verset 15, que ceci est conforme aux Écritures. Il y avait là des personnes qui avaient reçu la foi (v. 15), mais Paul ne cessait de prier pour elles (v. 16–17) afin que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, leur donne un esprit de sagesse et de révélation, dans sa connaissance. Tu te reconnais dans ce passage, cher Aksel. Si tu avais reçu cet Esprit, tu ne pourrais pas dire : « je me sens bête », car celui qui a reçu l’onction de Lui connaît toutes choses. Il serait intéressant de nous entretenir de ces choses de vive voix, car je crois que tu as un cœur sincère envers Christ. *

La question est de savoir si tu en es arrivé à te voir comme totalement incapable, si tu as tout déposé sur son autel et si tu attends son feu, si tu es l’argile et lui le potier, de sorte qu’il puisse te former comme Il le veut. Tu ne peux pas réussir à vivre comme un chrétien, ce ne serait que de l’hypocrisie de vouloir essayer. Tu ne peux jamais devenir pur et pieux et bon. Tu es noir comme de la suie et pourri des pieds à la tête. Toutes tes meilleures œuvres sont comme un vêtement souillé. Est-ce que tu peux signer tout cela ? Avale ces pilules, et qu’elles produisent en toi la condamnation à mort. Mets ta main sur ta bouche et n’essaie jamais de répondre quoi que ce soit. La loi est venue afin que toute bouche soit fermée, et que tout le monde soit reconnu coupable devant le tribunal de Dieu. Ne crois-tu pas que ta bouche, elle aussi, est comprise ici, ou veux-tu essayer de franchir le mur ailleurs ? C’est ici qu’est la porte. Je suis la porte, dit Jésus. Si nous sommes morts avec lui, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Il n’existe qu’une seule vie, et cette vie est Christ. Christ en vous, l’espérance de la gloire. Sa vie doit vivre en nous, et notre vie doit mourir. Notre vie dans ce monde n’a pas vocation à baisser la tête et à faire semblant d’être chrétienne. Elle doit mourir. Il faut qu’Il croisse et que je diminue. Tous les trésors de la sagesse et de la science sont cachés en Lui. Personne n’est monté au Ciel, si ce n’est celui qui est descendu du Ciel, Jésus-Christ qui est dans le Ciel. Cela procure une très grande joie de comprendre clairement ces choses.

Toi qui sous l’esclavage gémis,
Sans que rien ne change dans ta vie,
Traverse aujourd’hui le Jourdain.

Si tu as traversé la Mer Rouge et que tu as été sauvé de l’Égypte et des Égyptiens, ne tourne pas en rond dans le désert pendant quarante ans, mais dirige-toi tout de suite vers le pays promis, car les grappes de raisin y sont grandes. Je ne doute pas que tu aies reçu le pardon des péchés, mais quand il s’agit de continuer à vivre, tu n’y arrives pas. Les enfants d’Israël ne sont pas entrés dans le pays, à cause de leur incrédulité ; il en est de même de nos jours. La plupart des chrétiens se réunissent autour du Mont Sinaï et y étudient les tables de la loi. Mais comme le commandement produit la colère, on doit se tenir à l’écart de telles personnes. Il en est autrement de ceux qui sont dans le pays. Ils font le tour des murailles de Jéricho en chantant Alléluia, de sorte que les murailles tombent et que les grands géants se volatilisent. Ils portent leur lumière dans des vases de terre, ils brisent les vases, et l’ennemi prend ses jambes à son cou, comme il y a été destiné.

Il y a un grand nombre de synagogues au pied du Mont Sinaï, et depuis les temps anciens, il s’y trouve toujours quelqu’un qui lit la loi de Moïse. Mais l’œil de Moïse ne se fatigue pas et son bras ne s’affaiblit pas, tant que chaque iota de sa loi n’est pas accompli. Ce qui importe pour ceux qui sont sous la loi, c’est de faire beaucoup d’efforts pour parvenir à des résultats. Il en est autrement pour ceux qui sont dans le pays, car c’est dans le calme et la confiance qu’est leur force. Et plus ils croient, plus ils entrent dans le repos. Et c’est alors étrange de voir qu’ils se reposent de leurs œuvres, de ces mêmes œuvres que la loi de Moïse exigeait, même au prix du sang. Voilà qui est étonnant ! – Mais il faut que s’accomplisse la parole qui dit que la loi est devenue comme un pédagogue pour nous conduire à Christ. Mais après que nous sommes venus à Christ, nous ne sommes plus sous le pédagogue. Nous comprenons aussi maintenant que la loi est seulement venue pour que le péché soit connu. Les voies de Dieu sont surprenantes. Il fait les choses tellement à l’envers, ou plutôt, c’est nous qui sommes à l’envers, puisqu’il ne peut pas nous traiter de manière directe.

Tu as aussi parlé dans ta lettre de 2 Pi. 1, 5 et versets suivants. Oui ! il y a ici une école rigoureuse. Il écrit : pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu la science. Il ne faut pas se montrer trop vertueux, mais il faut utiliser la science. Mais quand on a reçu la science, il ne faut pas non plus prendre trop de liberté dans cette direction-là, mais il faut faire preuve de tempérance. Mais lorsqu’on est tempérant, on ne doit pas être impatient, mais patient. Mais dans la patience, à son tour, il faut être pieux, pour plutôt prendre cette direction que se plaindre. Mais dans la piété, on a besoin d’amour fraternel, car on est forcé d’aimer ceux qui sont à la même école. Et il faut joindre à l’amour fraternel l’amour pour tous. On s’approche ainsi pas à pas de celui qui fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.

Tu parles de chrétiens âgés et de chrétiens plus jeunes. J’ai l’impression que tu considères quelqu’un de 24 ans comme étant jeune et quelqu’un de 70 ans comme étant vieux. Mais tel n’est pas le cas.

Lis le Livre de la Sagesse 4, 8 et 9. Une vieillesse honorable n’est pas celle que donne une longue vie ; ni celle qui se mesure au nombre d’années. Mais la sagesse tient lieu pour l’homme de cheveux blancs ; et l’âge de la vieillesse, c’est une vie sans tache.

Timothée était jeune quant au nombre des années. 1 Ti. 4, 12. Que personne ne méprise ta jeunesse. Mais malgré son jeune âge, il devait prêcher et enseigner, v. 11 et 13. Lis-le toi-même ! Jusqu’à ce que je vienne, applique-toi à la lecture, à l’exhortation, à l’enseignement.

Un ouvrier (d’un métier manuel) peut avoir 80 ans ; mais toi, qui es dentiste, tu l’as dépassé. Humainement parlant, tu as une meilleure situation. Il en va de même dans le domaine spirituel. On peut être un soi-disant chrétien âgé de 100 ans et ne rien connaître de Dieu, parce que le centenaire ne s’est pas intéressé aux choses spirituelles. Peut-être a-t-il été désobéissant toutes ces 100 années. En revanche, un jeune homme de 18 ans peut avoir été obéissant à Dieu, avoir tout donné, avoir trouvé grâce aux yeux de Dieu, et avoir reçu la sagesse et l’intelligence de Dieu. Le jeune homme de 18 ans est alors le plus ancien et l’homme de 100 ans est le plus jeune.

Paul charge Tite, son enfant légitime dans la foi, d’établir des anciens dans chaque ville. Tite 1, 4–5. Il lui demande de dire ces choses, d’exhorter, de reprendre avec une pleine autorité et de ne pas se laisser mépriser. Tite 2, 15.

Joseph était l’avant-dernier de 12 frères, mais il était pourtant le plus ancien en sagesse. Le fils prodigue était le cadet, mais il était aîné en sagesse, etc.

Je viens de t’écrire une longue lettre, cher Aksel. Que Dieu te donne l’Esprit de sagesse et de révélation dans sa connaissance. Détourne ton regard de tout ce qui est humain et de toutes les vieilles fables héritées de nos pères ! Considère-toi comme te tenant devant la face de Dieu, comme quelqu’un qui doit commencer au commencement et tout apprendre de Lui. Paul avait rejeté toute la connaissance qu’il avait apprise et la regardait comme de la boue, pour parvenir à la connaissance de Dieu.

Ne tarde pas à écrire. C’est tellement bon d’avoir de tes nouvelles. Fais lire cette lettre à papa. Salue-le et salue tout le monde à la maison. Cela me réjouit d’apprendre que Ludvig et Berglioth commencent aussi à écouter.

Ton frère en Christ,

Johan

(* Il semble qu’à la place de * il y avait une note de bas de page dans la lettre, mais celle-ci a été découpée.)