Horten, le 15-6-1910
Cher frère, Aksel,
Grâce et paix !

Merci pour ta bonne lettre, qui était rafraîchissante dans son ensemble, parce que je vois que tu te portes bien et que tu es resté dans les traces saines. Tu m’as donné És. 27, 3 comme consolation, mais je n’ai pas trouvé de consolation dans ce verset dans l’état actuel des choses. En revanche, Ps. 139, 16, que tu m’as donné pour que j’y réfléchisse, m’a apporté à la fois matière à réflexion et de la consolation. Je te laisse le soin de trouver toi-même quelle en est la raison, car cela fait aussi partie de la sagesse de Dieu, et on ne doit pas le négliger.

Tu as remarqué comment les impies ont des pensées à courte vue ; ils ne pensent pas aux conséquences. Mais plus on est spirituel, plus on voit loin dans ses pensées et plus on réfléchit. Quand on se dirige vers la perfection, on trouve que les pensées de Dieu sont impénétrables, puisqu’il est parfait, cf. v. 17 du même chapitre. Pour ma propre part, j’ai longtemps cru à ce qui est écrit dans Ps. 139, 16, et qui est en accord avec És. 63, 19 et Jé. 1, 5. Car, quoique les enfants ne fussent pas encore nés et qu’ils n’eussent fait ni bien ni mal, – afin que le dessein d’élection de Dieu subsistât, sans dépendre des œuvres, et par la seule volonté de celui qui appelle, – il fut dit à Rébecca : L’aîné sera assujetti au plus jeune ; selon qu’il est écrit : J’ai aimé Jacob et j’ai haï Ésaü – Ro. 9, 11. On ne peut rien y changer. Il fait connaître la richesse de sa gloire envers des vases de miséricorde qu’il a d’avance préparés pour la gloire. N’as-tu pas expérimenté une partie de cette richesse de sa gloire que tu vois répandue sur nous ? Ép. 1, 17.

Revenons à Dieu, dont les pensées sont tellement précieuses et dont la gloire est immense. Il a pensé à nous depuis des temps éternels, et nous a donné l’existence au temps voulu pour que nous accomplissions l’œuvre qu’il a préparée d’avance pour nous.

Il a préparé d’avance pour nous des œuvres à accomplir, des ennemis à vaincre, des buts à atteindre, et il nous a vu accomplir tout cela exactement de la manière dont nous l’accomplissons. Tout cela est une grande consolation pour moi, mais cette consolation ne peut pas me délivrer de la tribulation, qui continue à faire ce à quoi elle est destinée. Pour quelqu’un qui combat, rien n’est une consolation, si ce n’est la victoire ; c’est une chose à noter tout de suite. Toute autre consolation est fondamentalement fausse. Quand on a surmonté les difficultés, on peut se réjouir d’une joie justifiée et saine. Avant cela, il n’y a qu’une seule chose à faire, c’est de combattre.

L’indépendance de la Norvège était prévue selon la sagesse de Dieu longtemps avant qu’elle ne vienne. Les gens ont eu l’impression qu’elle est survenue brusquement, parce qu’ils n’ont pas suffisamment part à l’intelligence de Dieu. Mais elle n’est pas survenue brusquement pour Dieu. Ce que nous vivons aujourd’hui n’est qu’un maillon du grand résultat final, et le fait que nous accomplissions la volonté de Dieu ne fait que hâter l’avènement de la gloire.

Grâces soient rendues à Dieu, qui m’a fait grâce jusqu’à ce jour – moi, un pécheur sauvé par grâce, il m’a aidé au travers de grandes difficultés. Sa volonté n’est pas que ses enfants aient le dessous. La volonté de Dieu est que nous franchissions les murailles, que nous nous précipitions sur une troupe en armes, et que nous marchions sur le chemin droit devant nous.

Lorsque nous avons le dessous, le zèle de Dieu s’enflamme contre nos oppresseurs, de sorte qu’il éloigne sa grâce d’eux et la fait reposer sur les vases de miséricorde, qui de ce fait deviennent invincibles. Avec mon Dieu je franchis une muraille, dit David.

Si Dieu n’avait pas été avec moi ici à bord, je n’aurais pas vaincu. Mais son bon Esprit, qui voit loin et qui est plein d’intelligence, m’a puissamment assisté pour résoudre les situations difficiles et m’a aidé dans mes rapports hiérarchiques. De plus, sa grâce immédiate m’a accompagné en faisant en sorte que les occasions se présentent au bon moment. Maintenant, j’ai la paix, mais c’est au milieu de loups qui ne songent qu’à prendre leur revanche. J’ai beaucoup prié pour avoir la victoire ici à bord. L’angoisse m’a souvent saisi, car l’ennemi me serrait de près. Le Seigneur montrera en son temps à quoi tout cela doit servir. Mais je remarque que cabine, pas de cabine, rapports hiérarchiques difficiles, liberté – toutes ces situations se succèdent à intervalles rapprochés.

Sur ce, salutations cordiales avec Ép. 1, 22, en rapport avec cette lettre, pour que tu y réfléchisses.

Bien à toi,

Johan