« Sensé et insensé »
Ces derniers temps, il y a eu des cas de maladies mentales dont le parler en langues est soupçonné d’être à l’origine. Il me semble donc nécessaire de dire quelques mots à ce sujet.
Il ne faut pas se hâter de mettre en cause le parler en langues quand quelqu’un a perdu la raison ; la vraie cause est certainement à chercher tout à fait ailleurs. Paul, qui était considéré par tous comme quelqu’un de très intelligent, ce qui était le cas, parlait en langues plus qu’eux tous – 1 Co. 14,18 ; il souhaitait même que tous parlent en langues – 1 Co. 14, 5. Nous pouvons être certains que Paul ne souhaitait pas par là que tous perdent la raison, puisqu’il exhortait sans cesse à faire preuve d’intelligence. Il s’adresse même aux Corinthiens, qui parlaient beaucoup en langues, comme à des hommes intelligents – 1 Co. 10, 15. Il y a donc une différence entre le fait d’avoir le don de parler en langues, et le fait d’avoir perdu la raison. Il faut plutôt dire que la raison se repose pleinement quand on parle en langues, car c’est l’esprit qui est en prière, l’intelligence demeure stérile (n’a pas d’effort à faire) – 1 Co. 14, 14.
S’il y a malgré tout des personnes qui ont perdu la raison dans le cadre de ce « mouvement », comme on l’appelle, il nous faut examiner les choses avec soin pour trouver la cause, et ne pas nous contenter, de manière superficielle et sans tenir compte de l’œuvre de Dieu, de nous en prendre à la première chose qui semble un peu bizarre à entendre – en l’occurrence le parler en langues. On n’a absolument pas le droit de souiller de cette manière le don magnifique de Dieu.
La faute revient probablement plutôt au fait que l’on tient des réunions dans de petites pièces sombres jusque tard dans la nuit, un soir après l’autre ; que l’un cherche à surpasser l’autre dans le fait de trembler, de tomber par terre, d’être saisi de ravissements, etc. pour faire croire à soi-même et aux autres qu’on est plus spirituel que ce qui est habituel, qu’on est particulièrement rempli de l’Esprit. On a négligé l’exhortation à veiller et à être sobre – 1 Th. 5, 6 – et cela ne reste pas sans conséquence.
On peut admettre que quelqu’un tombe à la renverse la première fois qu’il reçoit l’Esprit ; c’est d’ailleurs arrivé à Saul de Tarse – Ac. 9, 4. Mais quand on passe son temps, réunion après réunion, à tomber par terre, à trembler et à être secoué, et qu’on fait des numéros à sensation soit pour que l’Esprit se manifeste, soit pour montrer à quel point on est rempli de l’Esprit, cela ne m’étonne pas le moins du monde que l’on puisse perdre la raison.
Une grosse erreur commise dans le cadre de ce « mouvement », c’est qu’on a beaucoup trop insisté sur les sentiments. On a utilisé une réunion après l’autre pour exalter les sentiments, et pour y arriver rapidement, on a imaginé les procédés les plus incroyables, qui ne peuvent être que le résultat d’ivresse spirituelle. Mais bien sûr, on veut faire porter la faute au parler en langues. On a méprisé l’enseignement, l’exhortation et un examen attentif et sain des Écritures, d’où ces résultats affligeants. Paul avait fortement à cœur que ceux qui avaient reçu l’Esprit de Dieu reçoivent aussi de la sagesse et des révélations dans la connaissance de Dieu – Ép. 1, 15 et suivants, Col. 2, 1 et suivants. Mais peut-on dire que c’est le désir d’avoir part à la connaissance de Dieu qui a marqué ce « mouvement » ? Non ! on a aspiré au don de parler en langues, ce qui est bien en soi, et après on a souhaité pouvoir trembler, être secoué de pulsations, et beaucoup d’autres choses que nous préférons ne pas citer ici, pour avoir plein d’autres signes du fait qu’on est quelqu’un de particulier – plus rempli de l’Esprit que toutes les autres personnes.
L’autre jour, j’ai rencontré dans une petite ville deux personnes âgées et un jeune homme, qui étaient en train de trembler, chacun sur sa chaise, quand ils parlaient de Dieu les uns aux autres. L’homme âgé m’a dit qu’il avait vu tous les autres qui avaient été remplis de l’Esprit avoir tellement d’agissements bizarres, qu’il avait lui aussi prié d’avoir un tel signe, et maintenant il avait été exaucé, et il pouvait trembler avec les autres sur sa chaise, lui aussi.
On accuse le fr. Barratt d’être à l’origine de toute cette folie ; mais tout comme on ne peut pas faire porter la faute à Luther si la plupart des Luthériens vivent de manière impie et que nombre d’entre eux sont internés dans un asile actuellement, on ne peut pas faire porter la faute à Barratt si tout un tas de personnes se comportent de manière insensée. Barratt est pour ainsi dire un évangéliste, c’est là sa grande œuvre, et il ne peut bien sûr pas être tenu pour responsable de tout ce qui se passe. Je crois néanmoins que ce serait très utile s’il mettait en garde dans « Byposten » contre les déviations dont il aurait lui-même été le témoin ou qui lui auraient été rapportées.
Quand j’écris à ce sujet, ce n’est pas en tant qu’adversaire de l’œuvre de Dieu, car je remercie Dieu pour le don de parler en langues et aussi le don de prophétie, qui m’ont été accordés à moi aussi. Mais ce n’est pas juste de souiller les dons spirituels ; il faut les tenir en haute estime, car Dieu les a donnés à l’Église – 1 Co. 12, 10 et 28. Méprisons ce qui mérite d’être méprisé, à savoir tout ce qu’on invente soi-même.
Horten, le 4 novembre 1908
