Horten, le 2-11-1909
Cher frère, Aksel,

Grâce et paix de Dieu !

Je viens de recevoir une lettre du fr. Anthony, dans laquelle il dit qu’il a une dette de plusieurs milliers de couronnes pour « Missionæren », et que c’est pour cela qu’il n’est pas libre. Il a emprunté 10.000 couronnes quand il a acheté le journal et il se sent obligé de rédiger le journal de manière à s’en sortir économiquement. Mon article va donc être remisé à une place honorable sur une étagère, comme il me l’a écrit. Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet, et c’est pourquoi il vaut mieux ne rien dire.

Quoi qu’il en soit, le travail pour creuser les fondations, qui est absolument nécessaire pour une vraie sanctification, est donc arrêté à cause des affaires d’argent en question. Mon ministère en Christ a toujours été de commencer par déblayer de fond en comble, pour ensuite construire. Construire sur un fondement étranger a toujours été pour moi aussi abominable que… je ne trouve vraiment pas de mots pour le dire, mais je considère cela ni plus ni moins que comme de l’adultère spirituel. C’est pour cela que tous ceux qui ont travaillé à la démolition ont toujours paru durs et insensibles. Mais les personnes qui, par amour pour la vérité, se sont laissé briser, ont bien pu se rendre compte plus tard que mon œuvre en Christ n’était pas seulement de démolir, mais aussi de construire. Cependant, il n’y en a malheureusement pas beaucoup qui ont suivi jusqu’au bout ce chemin-là. Mais ceux qui l’ont suivi peuvent témoigner de la communion bénie que nous avons les uns avec les autres dans le Saint-Esprit.

Dieu m’a traité durement depuis le début, presque plus que ce que je pensais être supportable pour un homme. Il m’a laissé traverser des épreuves de feu, qui restent des expériences entre Dieu et moi. Parce qu’il m’a mis à nu et déraciné si radicalement, je suis entré à un stade précoce dans une communion profonde aux souffrances de Christ. Au début, les souffrances étaient tellement fortes que j’étais plus d’une fois complètement furieux, quand j’étais seul et que personne ne me voyait ; mais j’ai prié Dieu de me forcer à l’obéissance et d’avoir compassion de mon cœur révolté. Toutes ces épreuves, même les pires, ont été volontaires, de sorte que j’aurais facilement pu tout jeter par-dessus bord et échapper à ces souffrances, mais j’avais toujours le sentiment que si je le faisais, ma relation avec Dieu n’aurait plus jamais été la même et j’aurais perdu sa force et la communion intime avec lui. Le résultat a donc été que j’ai reçu la grâce de Dieu pour traverser toutes ces épreuves victorieusement, avec de grandes souffrances.

Comme j’ai dû passer par ce chemin moi-même, une œuvre a justement été faite dans ce domaine en ma personne – une formation, une formation spirituelle, que seul Dieu peut donner. C’est justement à cause de cela que tout ce que j’écris devient tellement dur, tout ce que je dis est si dur, et que mon champ de travail devient de plus en plus restreint. En écrivant à « Missionæren », j’ai essayé de freiner de toutes mes forces, de sorte que s’ils ont reçu un article relativement modéré, c’est parce que j’avais fait de gros efforts pour m’imposer une certaine modération. J’ai dû me modérer à cause des autres.

Justement cet article qui a été remisé sur l’étagère était le fruit d’un long travail de déblayage. Ce travail en était venu au point où le pied-de-biche était appliqué à des circonstances particulièrement importantes, dans lesquelles il est de la plus grande importance de faire le ménage, pour que le travail de sanctification progresse. Dieu a toujours été avec moi, et je suis certain que Dieu aurait donné une victoire glorieuse, même si les ennemis de la croix de Christ avaient été scandalisés et furieux. Sans y avoir prêté une attention particulière, le travail spirituel dans « Missionæren » a été mené de manière absolument rationnelle, avec des directions précises menant vers un but précis. Mais chaque fois qu’on m’arrête, j’ai l’impression que mes mains sont liées ; c’est pourquoi je suis tout à fait content de cette situation.

Aujourd’hui, j’ai à nouveau écrit à papa au sujet de Mme Guyon, pour lui dire que ce livre était particulièrement bon pour des personnes justifiées mais qui n’y comprenaient rien à la sanctification. C’est-à-dire des personnes qui ne parviennent jamais plus loin que de parler des premières vérités fondamentales ; que nous sommes un seul corps avec Christ, que nous avons été placés dans les lieux célestes avec lui, que nous avons été affranchis du péché et de la loi, etc. J’ai expliqué que le livre parle de persévérance dans les souffrances et les tribulations ; que ça ne sert pas à grand-chose de parler de ce que nous sommes placés dans les lieux célestes si on est plein d’irritation à la moindre contrariété ; que c’est justement pour de telles choses que la sanctification est nécessaire. J’ai aussi dit beaucoup de bien de la lettre du fr. Ånensen, que la communion des souffrances de Christ était devenue sa part, et non une simple connaissance intellectuelle.

Papa a besoin d’entendre des choses de ce genre, car il n’apprend jamais à penser si on ne lui expose pas la chose en mettant tout sens dessus dessous. Il va probablement parler de ces choses à Ånensen et il se peut que la lumière se lève pour lui. J’ai aussi recommandé à Berglioth de lire le livre, en disant qu’il ne fallait en lire qu’un petit bout à la fois, pour pouvoir tout avaler et digérer.

Dieu nous a donné un travail glorieux à accomplir, et je lui accorde une grande valeur. On a besoin d’une âme ici et là pour que la pâte puisse lever de tous côtés. Cela réussira, tu peux en être certain. Si seulement les gens aimaient la vérité, les choses avanceraient vite.

Il y a déjà un petit troupeau qui marche sur le chemin de la sanctification, et plus tard, on pourra peut-être envisager d’avoir une petite « conférence de sanctification » entre nous et de publier un petit journal « La sanctification ». Ceci devrait être les prémices ou la quintessence du « mouvement ».

Nous avons besoin d’un journal qui soit libre de tout et de tous, un journal qui puisse démolir jusqu’aux fondations et construire, un journal impartial, qui ne prenne aucune position sans que celle-ci ait ses sources dans la divinité. On voudrait bien construire et construire, mais il faut vraiment faire attention au fondement sur lequel on construit. J’ai posé le fondement comme un sage architecte, dit Paul, et un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit dessus. Si nous cherchons à plaire aux hommes, nous ne sommes pas serviteurs de Christ. Dans ce cas-là, on ne se donne pas la peine de déblayer le fondement. Mais grâces soient rendues à Dieu : Personne ne peut bâtir sur un autre fondement que celui qui a été posé, savoir Christ. Si quelqu’un a un autre fondement, il n’est pas possible de bâtir dessus. C’est pourquoi il est absolument nécessaire de commencer par poser le vrai fondement, car on ne peut rien ériger sur un autre fondement.

Sur ce, je te salue cordialement. Cette fois-ci, j’ai écrit plus personnellement, car il me semble que cela peut être approprié justement maintenant.

Ton frère, toujours uni à toi dans la vérité de Christ,

Johan