Haugesund, le 11-8-1908
Cher frère, Aksel,

Grâce et paix de Dieu en Jésus-Christ.

Merci beaucoup pour ta bonne lettre, que j’ai reçue à Stavanger. Cela me réjouit que les amis soient de plus en plus réconciliés avec les souffrances de Christ. Jésus lui-même souffrait le plus après avoir fait des œuvres puissantes et quand le peuple l’élevait. Lis Lu. 9, 42 et les versets suivants. Il était là l’objet de l’admiration du peuple, mais il a tout de suite rappelé aux disciples que le Fils de l’homme devait être livré entre les mains des hommes. Il voulait dire par là que la gloire qu’ils lui donnaient maintenant était de très courte durée ; bientôt ils le mettraient à mort. Nous pouvons le voir aussi en Lu. 9, 20, où Pierre dit : Tu es le Christ de Dieu. Aussitôt, Jésus commence à annoncer qu’il doit être rejeté par les anciens, par les principaux sacrificateurs et par les scribes, et mis à mort. Jésus ne pouvait pas se réjouir d’être le Christ de Dieu autrement qu’au travers des souffrances et de la mort. Là où Jésus rencontrait de l’opposition après avoir accompli des œuvres puissantes, il apportait un enseignement ou quelque chose de semblable.

Nous pouvons apprendre par là à ne pas accepter de l’honneur de la part des hommes ; car il est de si courte durée qu’ils peuvent cracher sur nous quelques instants plus tard. Mais si nous sommes honorés, nous devons nous rappeler à nous-mêmes qu’il faut apprendre l’obéissance par la souffrance, comme le Maître, et que, comme le prince de notre salut a été accompli par les souffrances, nous aussi nous sommes rendus accomplis par et au travers des souffrances.

Mc. 9, 49 et 50. Car tout homme sera salé de feu et tout sacrifice sera salé de sel. Le sel est une bonne chose ; mais si le sel perd sa saveur, avec quoi l’assaisonnerez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres. Mc. 9, 49–51.

C’est particulièrement sur ce dernier point (la phrase soulignée) qu’il faut veiller. Si on est personnellement dans les souffrances, et que le sel fait mal à la chair, il ne faut pas faire imposer cette souffrance à d’autres, car en faisant cela on ne récolte que du trouble.

Il faut garder cette souffrance et ce sel en soi-même et être en paix les uns avec les autres. Quand on parle de ces souffrances à d’autres, ils se mettent en colère. C’est humain de vouloir partager la souffrance avec les autres, mais on n’a pas le droit de le faire. Jésus foulait seul au pressoir. À l’inverse, l’homme riche devait souffrir seul, il a bien essayé de partager la souffrance avec Lazare, mais ce n’était pas possible. Il est permis d’annoncer les souffrances de Christ comme une vérité universelle, mais il n’est pas permis d’annoncer sa propre souffrance pour trouver du soulagement et de la compassion. En ce qui me concerne, j’ai fait l’expérience que personne n’a pu me consoler dans la souffrance, ils n’ont fait que considérer tout cela comme de la folie. J’ai dû garder cela entre moi et Dieu, et j’ai alors reçu de la consolation de sa part.

Maintenant que les souffrances de Christ ont commencé à agir parmi les amis, ces choses pourraient aussi rencontrer de l’intérêt, car on a si vite fait d’emprunter des chemins détournés pour satisfaire la chair, aussi bien dans la joie que dans les souffrances. Si l’on doit souffrir, on doit souffrir seul et jusqu’au bout – pas à moitié, car Christ n’a imposé aucune de ses souffrances aux disciples. Souffrir avec Christ, c’est donc souffrir seul, pour son compte, comme il a souffert. Se soustraire à la souffrance, c’est être ennemi de la croix de Christ. Il s’agit maintenant d’avoir calculé le prix. Si nous avons part à la souffrance, nous avons aussi part à la consolation ; cela nous permet d’échapper à la mort.

Nous avons été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps. La même souffrance qui était dans la chair de Christ se produit dans notre chair, car nous sommes de sa chair. Le même Esprit qui était en Christ est en nous. Cet Esprit a déjà mené la chair à la mort, c’est pourquoi il est aussi capable de nous diriger à travers la mort. Nous avons une libre entrée au travers du voile, qui est sa chair. Ces vérités sont vraies en lui et en nous. La résurrection des morts montrera jusqu’à quel point chacun aura suivi son Seigneur et Maître, car autre est l’éclat du soleil, autre l’éclat de la lune – et même une étoile diffère en éclat d’une autre étoile.

Nous avons besoin de beaucoup de calme pour méditer la loi de l’Éternel jour et nuit. Nous avons besoin d’exercer notre oreille, pour entendre ce que l’Esprit veut dire dans l’assemblée. Nous devons nous abstenir d’étudier les phénomènes religieux extérieurs, car c’est de la personne elle-même que nous avons besoin. Le fréquenter, lui, c’est fréquenter la vie. Le fréquenter, lui, c’est fréquenter la lumière. Rien ne peut être comparé à lui, car le fait de le fréquenter nous rend semblables à lui.

L’ancre de notre espérance a été jetée au-delà du voile, qui est sa chair. En tirant maintenant sur des chaînes (les souffrances), nous traversons la chair, petit à petit.

La consolation en Christ fait plus qu’engloutir les souffrances. Elle est en effet tellement abondante qu’on se réjouit et qu’on est content dans toutes sortes de tribulations.

Tes lettres sont toujours un grand rafraîchissement pour moi, et tu peux être certain que ton travail en Christ n’est pas vain.

Je n’ai rien de particulier à raconter. Nous naviguons le long de la côte et jetons l’ancre toutes les nuits. Nous sommes en ce moment un peu au nord de Haugesund. Les sous-officiers du « Sleipner » se sont fait photographier et ce serait plaisant d’envoyer une photo, mais nous sommes très rarement à des endroits où on peut se procurer des choses (une grande enveloppe) qui puissent servir d’emballage. Kristian, Johanne et Rakel vont bien. Quand un des sous-officiers qui habite dans la même cour que nous rentre du bateau à la maison, Johanne court presque à en perdre le souffle, car maintenant papa revient aussi, dit-elle. Kristian ne peut pas comprendre pourquoi je dois m’en aller comme ça.

Salutations à tous à la maison, ainsi qu’à toi, de la part de ton frère qui participe à la puissance de la résurrection et à la communion des souffrances de Christ,

Johan