Kiel, le 28-6-1908
Cher frère, Aksel,

J’ai reçu ta très bonne lettre avant notre départ de Horten. C’est toujours réjouissant, particulièrement ces derniers temps, de voir tes progrès en Jésus-Christ, que tu aimes la communion avec lui, pas seulement dans la joie, mais aussi dans les souffrances ; car c’est seulement de cette manière que nous montrons que nous l’aimons vraiment. Cette souffrance est cachée, c’est pourquoi la gloire que nous en retirons est aussi cachée. C’est ici qu’est la manne cachée. Il y a toujours une souffrance dans toutes les choses cachées que l’on fait en Christ. Car la manière humaine d’agir, c’est de se montrer aux hommes.

Dans Éz. 44, 10 et versets suivants, il est question de deux sortes de sacrificateurs. Certains devaient se contenter de garder les portes de la maison et de faire le service de la maison, alors que d’autres pouvaient servir devant la face de l’Éternel. C’est encore le cas de nos jours. Certains ne servent qu’à la porte. Ils annoncent à tout bout de champ les rudiments de la doctrine de Christ – être mort à la loi. Ou bien ils font le service de la maison, c’est-à-dire qu’ils s’efforcent toujours de renoncer aux œuvres mortes. Tout ceci se passe devant la face du peuple, à l’extérieur. C’est un service pour le peuple. C’est pourquoi le peuple les connaît tellement bien, ce qui est peut-être la raison principale qui les empêche d’entrer plus profondément en Christ. C’est là un service en Christ, mais avec le visage tourné vers le peuple. Les sacrificateurs dont il est question au verset 15 avaient un tout autre service. Leur visage était tourné vers la face de Dieu, et ils effectuaient leur service pour Lui. Ce sont ceux-là qui persévèrent à plonger les regards dans la loi de la liberté et qui s’offrent eux-mêmes en sacrifice avec Christ, devant la face de Dieu. Il faut se revêtir d’habits de fin lin pour servir là, dans le sanctuaire ; mais quand on sort vers le peuple, il faut ôter les vêtements saints et en mettre d’autres. Dieu veut que ce rapport intime soit caché aux yeux du peuple. Ce sont ces sacrificateurs qui sont juges dans les contestations et qui peuvent rendre un jugement, ils peuvent enseigner à Son peuple à distinguer ce qui est pur de ce qui est impur, ce qui est saint de ce qui est profane.

Puisque tu as de plus en plus part à ce dernier service de sacrificateur, réjouis-toi et sois dans l’allégresse ! Même si tu ne dois tourner que ton côté habituel vers le peuple, tu peux cependant te réjouir devant la face de Dieu, revêtu de fin lin éclatant, et y manger de la manne cachée. Il y a toujours un certain besoin charnel de vouloir effectuer un service devant le peuple et d’être estimé par lui. Mais le fait de servir devant la face du Seigneur ne donne pas la moindre satisfaction à la chair. On devient alors une énigme pour les gens. Tiens ferme dans ce service ; car là, à l’intérieur, devant la face du Seigneur, nous apprenons toutes choses et nous sommes transformés selon l’image que nous contemplons. Ceux qui servent aux portes ne progressent jamais. Ils s’occupent des rudiments année après année, et ne parlent que de la purification de la maison – la purification des œuvres mortes. Ce n’est pas une punition négligeable que de devoir en rester là. Ce sont ces gens-là qui devraient depuis longtemps être des maîtres, mais qui connaissent à peine les rudiments ; ce sont des gens tournés vers l’extérieur, superficiels, qui sont toujours attentifs aux réactions du peuple, et qui ne peuvent jamais apprendre à tourner les regards vers ce qui est plus parfait.

Notre service est donc maintenant devant la face de Dieu. C’est selon cette mesure que nous comptons, que nous jugeons et que nous comprenons. Ici, à l’intérieur, devant Sa face, nous allons chercher notre lumière ; c’est là, à l’intérieur, que nous recevons notre jugement et tout le reste. Voilà ce que signifie s’être approché de Dieu, le juge de tous. Celui qui est jugé est toujours inférieur à celui qui le juge. Christ démontre sa grandeur par le fait qu’il est le juge de tous les vivants. Il règne sur les vivants et sur les morts, et tout jugement lui a été remis. Une lumière parfaite donne un jugement parfait, mais un jugement parfait donne une domination parfaite.

Nous en concluons que c’est dans la mesure dans laquelle Christ peut faire de nous une lumière que nous jugerons avec lui et que nous régnerons avec lui. Autant le corps du péché a été anéanti en moi-même, autant je peux régner avec Lui sur d’autres, dont le corps du péché n’a pas été autant anéanti qu’il l’a été en moi. C’est là une disposition sage et juste. Christ a mis à mort parfaitement en lui-même le corps du péché, c’est pourquoi il peut régner parfaitement. Il est ici le juge des vivants. Mais par le fait qu’il a accompli la justice de la loi, il est le roi des Juifs, car personne n’a fait les choses mieux que lui.

C’est une grande joie pour moi de t’écrire à ce sujet, car je sais que tu aimes les vérités de Dieu et que tu as l’intention de progresser en Christ, plutôt que de n’être que le gardien aux portes.

C’est une honte que ces gens qui cherchent l’approbation de la foule ne soient même pas capables d’apprendre. Mais c’est sûrement la chair qui fait valoir ses exigences. Ils aiment les réunions de foule et les grands rassemblements, mais ils ont peu de connaissance de la communion cachée avec Dieu, devant sa face.

… le mystère caché de tout temps et dans tous les âges, mais révélé maintenant à ses saints. Col. 1, 26. Ce mystère est révélé dans l’Esprit, et c’est resté jusqu’à ce jour un mystère pour tous ceux qui n’ont pas cherché les éclaircissements de l’Esprit. Ces choses sont aussi un mystère pour ceux qui s’occupent de la conversion des œuvres mortes. Oui, même pour nous, qui nous appliquons à sonder par l’Esprit les trésors de la sagesse, il y a une multitude de mystères qui sont encore cachés, car Dieu n’a jamais permis à un homme de comprendre pleinement toutes ses œuvres. Mais toutes les œuvres de Dieu ont été faites par Christ et pour Christ.

Tu dis qu’il y a « anguille sous roche ». Oui, moi aussi j’ai remarqué la même chose, à Horten et ailleurs. Je crois que nous n’avons qu’à mettre le cap droit devant nous et persévérer dans notre service devant la face de Dieu, sans concéder quoi que ce soit, mais rester fidèles dans la lumière que Dieu nous a donnée, même si tout va de travers.

Nous devons uniquement obéir à l’Esprit, sans le moindre égard pour d’autres personnes. Laisse s’écrouler ce qui ne tient pas debout ! Nous devons être prêts à intervenir à tout moment, en tout lieu et avec quelque personne que ce soit. L’Esprit doit avoir le droit de disposer librement de nous, et nous n’avons pas besoin de craindre les conséquences. Les lettres de Paul étaient ardues et dures, mais sa présence physique était faible et sa parole méprisée. Ici nous pouvons voir la vie cachée et les forces cachées. Ces hommes intelligents regardaient naturellement aux seuls universitaires ; car Paul était peut-être ignorant sous le rapport du langage, mais il ne l’était pas sous celui de la connaissance de Dieu. Mais ces gens distingués n’entendaient naturellement que son langage dépouillé et pas la connaissance que contenaient ses paroles, c’est pourquoi ils le méprisaient. De telles personnes attachées aux choses extérieures pullulent. Mais Dieu prend plaisir à cacher les vérités les plus profondes et subtiles dans un langage dépouillé, pour que les simples puissent comprendre et que les sages soient effrayés par ce qui est dit et s’en aillent. Alléluia ! Quel Dieu nous avons, qui calcule tout avec exactitude !

Je m’arrête là pour cette fois. Dieu voulant, ce serait bien que nous nous rencontrions cet automne.

Salue à la maison, ainsi que Helga et Gerrard.

Ton frère, qui a part à Christ,

Johan

Adresse : Horten à la mi-juillet. En partant d’ici, nous allons à Libau. Je ne passerai pas à Copenhague.