Horten, le 10 mai 1908
Cher frère, Aksel,

Grâce et paix de Dieu en Jésus-Christ notre Seigneur ! Sa force toute puissante et sa riche bonté font de nous ce que nous devons devenir. Sa grâce couvre avec beaucoup de longanimité notre corps du péché, qui attend patiemment la puissance d’anéantissement du sang. Ce sont nos souffrances avec Christ qui satisfont Dieu, car cela fait que l’exigence de sa justice s’approche de plus en plus de son but. L’œuvre de Dieu avec Christ est la même que l’œuvre de Dieu en nous. C’est par les souffrances qu’il a mené à la perfection le prince de notre salut, car le chemin devait être tracé à travers la chair de Christ. C’est cette chair qui est le voile, Hé. 10, 20 ; plus nous pénétrons au travers de cette chair, plus nous pouvons contempler de ce qui est la gloire de Dieu. Nous pouvons voir ici la sagesse de Dieu, cette sagesse que nul œil n’a vue et que nulle oreille n’a entendue, des choses qui ne sont pas montées au cœur de l'homme. Lis 1 Co. 2 et tu verras qu’il y est question de la sagesse de Dieu, que Dieu nous a révélée par son Esprit, qui sonde les profondeurs de Dieu.

Merci beaucoup pour ta bonne lettre, que j’ai reçue aujourd’hui. Cela me réjouit beaucoup que tu veuilles avoir communion avec Christ dans ses souffrances ; en effet, la plupart des gens veulent uniquement partager la joie avec Christ, mais sont ennemis de sa croix. Si nous souffrons avec lui, nous serons aussi glorifiés avec lui. Si la souffrance peut augmenter l’espérance de la gloire, pourquoi ne pas souffrir – comme Christ – patiemment en vue de l’espérance qui nous est réservée ? Lis dans le dernier numéro de « Missionæren » la traduction de l’article de F. B. Meyer, et tu verras qu’il parle des choses dont nous avons si souvent parlé ensemble. J’ai reçu deux lettres du fr. Plum depuis qu’il est retourné au Danemark. Je lui ai écrit deux lettres, en soulignant qu’il doit tout offrir dans la mort de Christ, la parenté, les amitiés, le journal et tout. En effet, il parlait souvent de ses bons amis (des personnes importantes selon la chair). À Moss, il a parlé de la même chose à Axel Wold et l’a entraîné dans ce groupe dont il est dit : parmi vous qui avez été appelés il n'y a ni beaucoup de riches, ni beaucoup de nobles, etc. J’étais tout près, et j’ai tout de suite dit qu’être conscient qu’on fait acception de personnes, c’est être conscient qu’on pèche, que ce qui est quelque chose, c’est seulement d’être une nouvelle créature, et que toute autre chose doit passer par la mort de Christ. Le fr. Axel Wold a baissé les yeux ; il trouvait probablement que c’était une parole dure. Mais le fr. Plum a accepté mes paroles, et je n’ai plus rien entendu de ce genre de sa part. Maintenant, je lui ai écrit très directement à ce sujet, et je me suis beaucoup réjoui quand j’ai reçu sa lettre il y a quelques jours, car il y reconnaissait que ce que j’avais écrit sur lui était vrai. Il voulait relire les lettres plusieurs fois et corriger ce qui était à corriger. À la suite de cela, Dieu m’a donné accès au cœur du fr. Plum ; il a une grande confiance en moi. Quand il était ici, il voulait se tenir le plus près possible de moi et ne voulait pas quitter Horten – sauf si je l’accompagnais. Mais le fait est qu’il est maintenant entouré d’un tas de gens qui l’empêchent de sortir entièrement du camp. Ils ne croient pas au « mouvement » de Norvège (l’expression est mauvaise). Il s’agit maintenant de le sauver comme un tison arraché au feu, car c’est un Corneille, qui prie beaucoup et qui fait des aumônes. La prochaine fois que je lui écrirai, j’ai l’intention de lui faire remarquer tous ces « requins » qui tournent autour de lui, et qui cherchent à le lier et à lui faire obstacle ; car il ne s’en rend probablement pas compte lui-même. Je comprends clairement maintenant que c’était la volonté de Dieu qu’il vienne ici, car j’ai eu de grands combats pour lui dans mon esprit, et je ne ressens pas de telles choses sans que cela soit utile. Dieu m’a maintenant donné d’avoir prise sur lui, si bien qu’il supporte même d’être contredit. Tout son entourage cherche à m’empêcher de venir au Danemark cet automne, et bien qu’il s’agisse de ses propres affaires, ils disent qu’il y a bien assez d’assistants partout. En effet, je dois justifier que j’ai un travail pour obtenir une permission de trois mois. Mais ils n’ont qu’à garder leurs affaires pour eux-mêmes, car je n’ai besoin d’aucun d’eux et je n’ai pas l’intention de m’ingérer dans les affaires d’un autre. Mais si c’est la volonté de Dieu que j’aille à Copenhague, j’y parviendrai sûrement, même si les démons sont aussi nombreux que les tuiles sur les toits des maisons, comme le disait Luther. Prie pour le fr. Plum, pour qu’il soit sauvé comme un tison arraché au feu, comme un chameau au travers du trou d’une aiguille ; car la porte qui conduit à la vie est étroite pour le pauvre, et elle devient un trou d’aiguille pour le riche. Mais Dieu est puissant.

J’apprends qu’il y a de l’opposition de la part de Th. R. et je veux bien le croire. L’ours recherche son ancien gîte. La baguette qui a été courbée cherche à se redresser. Une petite déviation par rapport au chemin devient progressivement plus grande. Il s’agit pour nous de retenir fermement ce que nous avons entendu dès le commencement et de ne conclure aucun compromis, de ne pas supprimer un seul iota, mais de nous tenir en la présence de Dieu (Jé. 35, 19). J’ai essayé de lâcher du lest pour ne pas être si dur, mais cela m’a fait perdre ma force, et je suis devenu la risée de ceux à qui j’avais cédé. C’était avant que je sois plus affermi. C’est pourquoi je suis maintenant extrêmement vigilant quant au fait de lâcher du lest, car je sais que cela reviendrait à renier le Seigneur, devant la face duquel j’ai reçu mon ministère. C’est pourquoi je n’ai pas osé faire autrement que de dire les choses en face au fr. Plum. Se retirer, c’est déchoir. Nous devons annoncer ce que Dieu veut et non pas ce que nous voulons nous-mêmes. On peut être prudent comme un serpent et simple comme une colombe, mais il ne faut jamais trahir la vérité dans son cœur. Le jour où on le fait, la force disparaît. C’est sûrement une épreuve dure pour toi maintenant chez Th. R. ; mais tu ne dois jamais leur céder, ce sont eux qui doivent revenir à toi. On peut avoir de l’amour, mais il faut rester fidèle à la vérité. Je l’ai déjà dit et je le redis maintenant : chez eux, aucune des personnes plus âgées n’a la vocation de diriger et n’a reçu une telle responsabilité. Celui à qui Dieu a donné la responsabilité a aussi reçu la force de la porter. On ne peut rien y changer. Fais ton œuvre comme pour le Seigneur et non pour des hommes, et ainsi même la multitude des armées de l’enfer ne pourra pas te faire perdre ton œuvre en Jésus-Christ. Tiens-toi là comme un ambassadeur du Seigneur, comme quelqu’un qui se tient dans son conseil secret, et comme quelqu’un que le vent ne peut pas renverser. Mais si tu dévies d’un pouce de ce ministère, c’en est fini de toi. Dieu te fortifiera richement et te fera grâce en toutes choses.

Je suis à bord dans la journée. La relève est pour le 20. John W. se plaît bien à Fredrikstad. Il disait qu’il avait le sentiment d’être ignoré par plusieurs dans son assemblée locale ; mais maintenant il se plaît bien à Fredrikstad. Il habite chez le père de Berg et dit beaucoup de bien de la mère de Berg.

Salutations cordiales en Jésus-Christ avec Éz. 44, 16.

Salue les amis et salue à la maison.

Ton frère,

Johan