Horten, le 17 mai 1907
Chers parents et frères et sœurs,

Merci beaucoup pour votre lettre du 15 mai que j’ai reçue aujourd’hui. Mardi et mercredi, Erik Andersen était chez nous ; son épouse l’accompagnait. Il a prêché à « Béthel » les deux soirs et les deux réunions ont été bonnes.

Tu dis dans ta lettre : Je n’écris pas cette lettre pour réfuter ce que tu dis mais pour considérer la chose sous un autre angle. « Je veux bien que nous nous reprenions les uns les autres, mais nous devons être prudents pour ne pas être tentés nous-mêmes et nous laisser enfermer dans un filet que nous ne remarquerions pas nous-mêmes à cause de sa finesse. »

Il peut y avoir beaucoup à dire à ce sujet, et il est toujours bon de parler de choses qui peuvent servir à notre instruction. En ce qui me concerne, je n’ai aucune foi dans les filets de Satan, qu’ils soient fins ou grossiers, mais la confiance et la foi en Dieu nous rendent forts et victorieux, si bien que les filets de Satan sont aussi fragiles qu’une toile d’araignée. On ne peut pas non plus dire « alléluia » à tout ce qui se dit aux réunions, car dans ce cas je crains que tout soit rapidement étouffé par les mauvaises herbes. Il faut désherber. Si le monde se moque de nous, ce doit être à cause de notre maturité spirituelle, car nous sommes alors vainqueurs. Mais si, comme Samson, nous nous comportons de manière tellement insensée que nous sommes faits prisonniers et liés, et qu’on se moque de nous ensuite, ce n’est pas à la gloire de Dieu mais plutôt à son déshonneur. Tu as dit toi-même que cela donnait une impression de « confusion » de voir tout un tas de gens s’exciter en quelque sorte les uns les autres pour parvenir à un état spirituel. Il peut y avoir du vrai là-dedans, mais ce qui donne une impression de confusion, je le dis franchement à la personne en question, pour qu’elle puisse corriger la chose. Il y a toujours des choses à corriger. Mais ce qui importe, c’est qu’on puisse le dire dans l’amour et dans un esprit de support. Le fr. Berg et moi, nous nous sommes certes souvent combattus ; mais quand un troisième homme veut attaquer l’un de nous deux, il se rend vite compte que ce n’est pas une personne qu’il attaque, mais deux. Il en va de même avec des frères dans le domaine naturel.

Je pars donc du principe que pour que le tout ne soit pas envahi par des pousses sauvages, il faut être émondé, et émondé à temps. Ici à Horten, tout se développe d’une manière saine, et Satan n’a pas beaucoup d’occasions d’attaquer, car on garde en général l’esprit sobre et on est maître de la situation. Nous ne châtions pas comme les dix mille maîtres, qui cherchent à tuer, mais Dieu nous a donné un autre entendement. Quand on corrige quelque chose, c’est pour que ce soit utile à la personne en question. Nos pères nous châtiaient pour notre bien, mais les dix mille maîtres châtient par haine, pour tuer.

Le mieux serait bien sûr que tout soit fait d’une manière infaillible, pour qu’on n’ait pas besoin de corriger quoi que ce soit, mais cela n’a jamais été le cas et ne le sera jamais.

« Celui qui use de trop d’autorité est haï », dit un proverbe. Mais quand quelqu’un n’use pas de plus d’autorité que celle que Dieu lui a donnée, tout se passe avec bienséance, et tout est comme il faut. Celui qui n’utilise pas son talent, mais qui l’enterre, est un insensé. Si celui qui a reçu un don de Dieu pour diriger ne dirige pas, d’autres se manifesteront un jour ou l’autre et entraîneront le tout sur le chemin large avant qu’on ait eu le temps de s’en rendre compte. C’est pourquoi il faut utiliser son talent. Si j’ai été faible avant, ma faiblesse a été de céder trop facilement. Sois certain que les serviteurs de Satan ne cèdent pas beaucoup de terrain une fois qu’ils ont mis le grappin sur quelqu’un, mais il est alors bien tard.

Je comprends que tes intentions sont bonnes, mais j’estime moi aussi que mes intentions sont bonnes. Il est écrit : « Prêche la parole, insiste en toute occasion, favorable ou non, reprends, censure, exhorte. » 2 Ti. 4, 2. Si quelqu’un a ce ministère et l’exerce avec toute douceur, il ne dépasse pas ses limites mais travaille dans le domaine que Dieu lui a confié, sans se mêler de la tâche d’un autre. Si quelqu’un raconte ce qu’il fait en cours de journée, on ne lui dit pas : « Fais attention, tu risques de succomber à la vantardise et de tomber dans les filets fins de Satan. » Il en va de même dans le domaine spirituel. Si nous ne dépassons pas notre mesure de foi, nous nous trouvons à l’intérieur de notre rayon d’action. Si ce rayon d’action englobe quelqu’un dont l’horizon est inclus dans le nôtre, est-ce que nous dépassons nos limites pour autant ?

Une mère peut avoir un tel amour pour ses enfants qu’elle ferme les yeux sur toutes leurs fautes, mais elle élève alors des serpents dans son propre sein.

C’était sûrement habituel pour les Corinthiens de penser que pour avoir Christ en soi, il fallait être incapable. (2 Co. 13, 5). Il en est de même maintenant. Il faut être tellement gentil et aimable qu’on doit se laisser mener par le bout du nez et qu’on doit laisser prospérer toutes sortes de folies ; c’est alors qu’on pense être plein d’amour et de piété, c’est alors qu’on pense avoir Christ en soi. C’est quand nous sommes incapables que Christ est en nous, disent les gens. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que les Corinthiens aient demandé des preuves que Christ parlait en Paul, quand il corrigeait leur folie.

Paul n’avait rien contre le fait de faire figure d’incapable, si seulement ils étaient capables quant à eux ; car il n’avait pas de puissance contre la vérité, mais pour la vérité. Mais dans le cas contraire, il dit : 2 Co. 13, 6. Mais j’espère que vous reconnaîtrez que nous, nous ne sommes pas incapables (autre trad.).

Il est maintenant 3 h 30 de l’après-midi et j’ai l’intention d’aller faire un tour, éventuellement chez Ellefsen ou Berg.

Recevez tous les salutations les plus cordiales de votre fils et frère

Johan