Horten, le 18 juin 1906
Cher Aksel,

Merci beaucoup pour ta carte postale envoyée de la « Pension d’été ». J’apprends que tes nerfs sont fatigués. Tu dis que Dieu peut aussi guérir le corps. Oui, sois-en certain. Il peut le restaurer et il peut le détruire, car à lui appartient toute puissance dans le ciel et sur la terre. Mais le repos en Dieu est puissant pour chasser la nervosité. Car la puissance spirituelle fortifie aussi le corps, puisque le corps, l’âme et l’esprit vont ensemble. Lorsque j’ai trouvé la paix dans mon esprit, mon corps est devenu tranquille, car si l’esprit est agité, on court à droite et à gauche ; mais celui qui croit ne se hâte pas. Il ne ressent pas le besoin de faire remonter ou descendre Christ, puisque Christ est près de lui, dans son cœur et dans sa bouche, et il n’a donc pas besoin de courir.

Sais-tu vraiment ce que signifie le fait d’avoir renoncé à tout à cause de Christ ? Tu sais sans doute que tu dois renoncer à tout ; mais je te demande si tu as tout vendu pour gagner Christ. Si tu l’as fait, tu ne peux pas être nerveux. Celui qui recherche la sagesse réduit le nombre de ses activités, car il a compris que la sagesse s’acquiert à la faveur du loisir. Il n’y a donc pas de sagesse dans le fait de se détruire soi-même ; cela peut plutôt venir de ce qu’on veut absolument faire tourner ce qu’on a soi-même démarré. Tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu, mais cette direction de l’Esprit n’est pas du genre à fatiguer les nerfs.

Tu peux donc te confier en Dieu en toutes choses, sans hésiter, et ton repos et ta confiance deviendront grands. Tu feras connaissance avec la paix et la joie qui surpassent toute intelligence, et cela m’étonnerait que ta nervosité ne disparaisse pas à ce moment-là.

Je n’ai pas beaucoup à t’écrire maintenant, car tu ne m’as pas ouvert ton cœur pour que je sache comment tu vas – en dehors de tes problèmes de santé.

Tu devras sans doute passer par beaucoup de combats avant d’en arriver au point de dire franchement, sans acception de personne, ce que l’Esprit de Dieu veut que tu dises. En agissant de la sorte, tu seras haï de tous les hommes. Es-tu disposé à cela ? Es-tu disposé à être fidèle à la lumière en toutes choses – quel qu’en soit le prix ? Si c’est le cas, Alléluia ! J’ai toujours apprécié l’esprit qui est en toi, car tu es direct et franc. Avance dans la vérité, et tu seras comme un traîneau aigu, tout neuf. Ne crains pas, mais utilise la lumière que tu reçois, pour que plus de lumière puisse devenir utile pour toi.

Porte-toi bien. Que Dieu te remplisse de paix et de joie à un degré tel que l’expression « nerfs fatigués » disparaisse de ton vocabulaire, tant qu’à faire – ou si tu veux continuer à l’utiliser, que ce soit seulement pour te souvenir de quelque chose qui n’est plus.

Ton frère toujours dévoué,

Johan

Salutations de Pauline, Christian, Johanne Lovise et de moi.