Vadsø, le 30-11-1917
Cher frère Aksel,

Paix !

Merci pour ta bonne lettre qui m’apprend que 60 personnes étaient réunies chez toi pour une fête. C’était toute une assemblée ! Je me réjouis qu’il y ait de tels progrès à Drøbak. Je pense que Helga comprend maintenant mieux que jamais qu’on a des raisons d’être vivement intéressé par ce travail, et que la doctrine est viable et mène à la piété. Tu parles de Ystrøm ; il a tout un petit groupe de jeunes à Horten ; s’il est saisi, les autres suivront. Je vois que tu as été à la réunion de sanctification de l’Armée du salut ; oui, je crois que cela peut valoir la peine. Les réunions de sanctification et les réunions de soldats sont les seules réunions où il est possible de faire quelque chose. Hier, nous avons assisté à une fête de l’Armée du Salut à Vadsø, mais les jeunes faisaient un raffut incroyable dans la salle, si bien que nous avons trouvé que le mieux était de ne rien dire. La sœur Sigrid Dannell est à l’hôpital de Vadsø. Le fr. Ellefsen est allé la voir l’autre soir et s’est entretenu avec elle et une autre sœur, qui est saisie maintenant, si bien qu’elle veut nous entendre. Le lendemain, hier, nous y sommes aussi allés et nous nous sommes entretenus avec elles, et elle (l’autre sœur) a demandé le baptême de l’Esprit. Elle a dit qu’elle n’avait jamais entendu parler de cela, mais elle a été tellement saisie qu’elle dévorait littéralement chaque parole. Elle trouvait curieux l’idée qu’elle devait être crucifiée avec Christ. C’est peut-être pour que quelques-uns entendent la Parole de Dieu que Dieu nous a fait venir ici. Nous nous sommes arrêtés ici parce que la conduite d’eau a lâché à Vardø.

Il est maintenant facile de travailler partout. Les croyants de Vardø n’ont aucune force à opposer à cela. Ils ont cessé de parler d’une doctrine dangereuse, car leurs meilleurs éléments se sont joints à nous. Ici à Vadsø, il y a deux assemblées de Læstadiens. Lors de notre passage, nous avons parlé avec ce Pedersen de Kjøllefjord qui a écrit à Skjulte Skatte pour réclamer des anciens écrits. Il est Læstadien, de même que sa femme, mais ils veulent volontiers nous entendre, car la sœur Dannell a été chez eux pendant quelques mois. Il nous a dit que nous devrions faire des réunions pour les Læstadiens, qui sont très nombreux ici dans le Finnmark. Nous avons l’intention de rendre visite aux officiers de l’Armée du salut ici. On va voir ce que cela donne. Le lieutenant Bekkevold a déjà parlé avec eux, d’après ce qu’il a dit. Nous n’avons pas de plans arrêtés dans notre travail, mais tout se déroule malgré tout suivant un plan. L’autre jour, j’ai eu un accrochage avec un peu tout le monde ici à bord. J’ai vu l’un d’entre eux assis dans la cabine en train de pleurer. Il sanglotait, et a dû se laver le visage avant de sortir. J’étais moi-même retourné. J’avais l’impression qu’on en voulait à ma vie, ici à bord. Quand il est sorti, je me suis allongé sur la banquette et j’ai ouvert l’explication du Pentateuque de Mme Guyon, et mes yeux sont tombés directement sur ces paroles :

I am your protector wherever you go56.

J’ai jeté le livre et les difficultés par-dessus bord et je me suis réjoui dans l’Esprit. Cette citation s’appliquait bien à la situation. À partir de ce moment-là, la situation s’est retournée ici à bord. Mes adversaires ont perdu le pouvoir. Je ne peux pas flatter les gens, et lorsqu’ils l’exigent, pas directement mais indirectement, j’entre en conflit avec eux. Ceux qui ont le pouvoir le montrent alors facilement d’une manière ou d’une autre, jusqu’à ce que la guerre éclate au grand jour. Mais Dieu conduit alors chacun de mes pas. Il brise la nuque de l’impie et le remplit de crainte, de sorte qu’il n’a qu’une seule solution pour avoir la paix, et c’est de se réconcilier.

Dieu m’a donné une grâce et une victoire merveilleuses dans les combats ici à bord. Satan a perdu son pouvoir à un degré tel que lorsque quelques-uns veulent dire quelque chose dont ils savent que ce sera contredit, ils regardent d’abord autour d’eux pour voir s’ils osent le dire devant ceux qui sont présents. Andresen se retrouve de temps en temps dans la fournaise lorsqu’il est seul, mais si plusieurs d’entre nous arrivent, tout devient silencieux comme dans un tombeau. Quand c’est Dieu qui travaille avec nous, la victoire est dans l’air, et cela gêne les adversaires, même avant qu’ils ouvrent la bouche pour combattre. Ce n’est pas seulement le cas parmi les impies, mais aussi aux réunions. Cela m’a souvent étonné, mais les choses sont ainsi.

Si on doit parler de sentiments, je me sens misérable, j’ai presque envie de dire : « peu importe ce qui m’arrive ». Je n’ai rien à promouvoir, aucun honneur à défendre, pas de position à protéger, pas de parti pour lequel je craindrais d’être une cause de déshonneur. Cela rend ma liberté d’autant plus grande, de sorte que lorsque le combat commence, je n’ai pas besoin d’avoir d’égards pour la chair de qui que ce soit. Le combat devient impitoyable et terrible, mais la victoire brille déjà au cœur de la bataille, et tous les arguments charnels doivent s’écrouler. Pour la chair, c’est une position terrible de se trouver dans un tel combat, mais malheur à moi si je ne m’y trouve pas. Ceci est mon témoignage dans le ministère. L’Esprit, l’eau et le sang l’approuvent, même si ce n’est pas approuvé par les hommes.

Nous devons nous arrêter à Vardø en nous dirigeant vers le Nord, car nous y avons du personnel de garde. Le fr. Ellefsen connaît maintenant pratiquement chaque localité du Finnmark. Il connaît les maisons et les gens qui y habitent, mais il faut dire qu’il se déplace presque par tous les temps.

Le frère Johan Lohne est revenu chez lui après avoir été dans le Hardangerfjord. Il est reconnaissant à Dieu pour ce voyage, et il a l’intention de faire une visite à Haugesund l’un des tout prochains jours. Il a tout un champ de travail. Ellefsen a le sien. Il est très apprécié ici dans le Finnmark. Ils disent qu’il ne lâche pas prise avant d’être venu à bout de ceux avec qui il travaille. Il les « torture » et n’arrête pas avant de parvenir à sa fin. Une vraie « sangsue » ! J’en ai rencontré plusieurs ici à qui Ellefsen a fait perdre connaissance, mais qui n’ont pas encore reçu le coup de grâce proprement dit. Les gens seraient sans doute effrayés en entendant un tel langage, mais tu comprends ce que je veux dire. Le but est d’amener les gens à s’abaisser jusqu’à ce qu’ils soient « morts avec Christ ». C’est dans ce sens que nous sommes des serviteurs de l’Esprit.

Salue les amis et ta famille.

Salutations cordiales de ton frère,

Johan