« Valkyrjen », Haugsholmen, le 1er avril 1916
Cher frère, Elias Aslaksen,

La paix de Dieu !

Merci pour ta bonne lettre, par laquelle je vois que tu vas bien. J’ai lu ton article sur l’esclavage et la liberté. Le fr. Th. Hansen m’a écrit au sujet du manque de clarté qui prévaut en ce qui concerne l’esclavage et la liberté parmi les amis à Kristiania. Je lui ai répondu là-dessus, et demain, j’enverrai un petit article à Skjulte Skatte sur ce sujet. Je vois par ailleurs que tu y vois clair, et c’est ce que doit faire tout homme spirituel. Mais c’est vrai ce que tu écris : si on veut se dérober parce que cela devient trop dur, on trouve toujours une occasion ou une autre pour prendre la fuite. Pour nous, cependant, il s’agit d’avoir un seul cœur, une même pensée et un même regard fixé sur le même but.

On ne gagne rien à se parer au-delà de ce qui est convenable, et on ne gagne rien non plus à se dépouiller à tel point qu’on se fasse remarquer. Disparaître dans la foule sans être remarqué, c’est sans doute la croix la plus grande pour la chair, car elle veut se nourrir, que ce soit en se parant ou en se dépouillant. De telles questions sont bien sûr surtout d’actualité pour les femmes, et ce sont aussi elles qui parlent d’esclavage. Je crois que les enseignements que Dieu nous a donnés à annoncer, dans sa grâce, sont d’une telle nature qu’ils vont nous sauver à la fois de l’esclavage selon la chair et de la liberté pour la chair, puisque toute la prédication porte sur la souffrance et la mort. C’est pourquoi je n’ai pas tenu compte de toutes ces plaintes vaniteuses qu’on a entendues au sujet de la question de l’esclavage. Elles viennent probablement de quelques femmes coquettes, qui trouvent que c’est de l’esclavage de se convertir pour avoir une tenue convenable. De telles personnes ne doivent pas être soutenues, mais corrigées ; cela les amènera peut-être à réfléchir. Elles veulent se faire remarquer, que ce soit d’une manière ou d’une autre, mais c’est pour satisfaire la chair. J’ai essayé d’expliquer un peu ces choses dans l’article en question pour Skjulte Skatte.

Salutations cordiales, ton frère,

Johan